Le temps
La question qui m’a été le plus souvent posée dans les dernières semaines est celle du temps. Comment écrire un livre tout en ayant une famille, un travail prenant et plusieurs
occupations extra-professionnelles ? Rien n’est bien simple ; il est très difficile de gérer le facteur temps. Toute création demande du temps, or nous en avons de moins en
moins.
La réponse évidente consiste à dire qu’il faut prendre le temps ; c’est une question de priorité et de volonté. En fait, la passion pour ce que l’on fait vient rapidement à la rescousse. Les efforts pour se ménager un peu de temps n’en sont plus réellement lorsque la création devient une activité régulière qui intéresse.
Ensuite il faut se donner du temps ; démarrer en sachant que l’on ne tiendra pas la longueur est inutile. C’est un marathon que l’on entame qui pourra durer plusieurs années. Dans mon cas, écrire un livre dure autour de 5 ans. On veut toujours terminer avant d’avoir commencé. Le créateur et son œuvre ont besoin de temps pour mûrir ; ils interagissent l’un sur l’autre un nombre très important de fois jusqu’à ce qu’une sorte de convergence se produise. Brûler les étapes tue dans l’œuf toute démarche de création.
Il faut aussi s’organiser. Chaque semaine on se doit d’avoir une pensée, une lecture, une réflexion, une discussion sur ou autour de son œuvre. Certains préconisent le contact quotidien. Ça me paraît difficile. On peut aussi laisser tomber quelque temps si on est réellement « overbooked » ; je plains les professionnels de la création qui doivent terminer leur œuvre à date fixe. L’amateur n’a pas de pression mais il doit s’organiser pour pouvoir laisser les choses dans un état qui lui permettra de rapidement reprendre le fil un jour.
Enfin il faut se ménager quelques périodes de forts investissements : le travail que l’on fait par petits morceaux a besoin d’être régulièrement synthétisé, revu dans un tout et à l’aune des objectifs fixés. C’est le seul moyen d’exercer un regard critique sur la production. C’est un weekend, quelques journées pendant les vacances au calme, avec suffisamment de temps devant soi, sans être constamment interrompu ! Pour moi les longs voyages en avion ou les attentes dans les aéroports me procurent des moments propices à ce travail.
Cette longue durée nécessaire à la création est un défi qui s’ajoute à celui de produire une œuvre. Les découragements de ne pas parvenir à ce que l’on souhaite, les ironies de ceux qui ne croient pas en vous, s’ajoutent à cette gestion dans la durée. Le défi stimule la motivation, la concentration et l’inspiration ; il fait oublier la fatigue et apporte de réelles satisfactions. Lorsqu’il est en phase avec nos aspirations profondes et en harmonie avec ce que l’on est, il conduit au bonheur.
Le bonheur que j’ai connu lors de la sortie de chacun de mes livres est très grand. Ce bonheur est proportionnel au temps qu’il m’a fallu pour mener chacun de ces projets à son terme. Pour « Ego cherche Compagnie », celui de voir 50 personnes se déplacer pour célébrer sa parution m’a encore plus comblé car j’ai reçu beaucoup de marques de sympathie, de gentillesse et un peu de flatterie et d’admiration aussi, avant même que les gens aient lu ce livre. Merci à tous ceux qui sont venus m’entourer le 12 novembre !
J’espère que les lecteurs ne seront pas trop déçus. Jusqu’à maintenant j’avais fait peu état de mes livres ; seuls quelques proches étaient au courant de leur sortie. Aujourd’hui une certaine publicité a été faite ; des journalistes ont été informés. Que va-t-on penser de ce livre ? J’espère que vous me le direz sur ce blog. Que va penser mon environnement professionnel s’il est mis au coutant ? Cela m’inquiète un peu. C’est pourquoi chaque fois que je le peux, j’insiste pour dire que l’amateur que je suis souhaite rester à sa place d’amateur ; ma production est modeste. Elle ne cherche qu’à éclairer des sujets et donner des pistes qui aideront peut-être un ou deux lecteurs. Rien de plus, rien de moins.
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