Individualisme et collectifs: partie 6: le rôle de l'état relatif à l'assistance
Les programmes d'assistance aux démunis et aux personnes en difficulté sont très inefficaces et inadaptés. Ils consomment beaucoup d'énergie à s'entretenir eux-mêmes et laissent croire que les
solutions doivent forcément venir d'en haut. Le rôle de l'Etat, à mon sens, n'est plus d'agir sur tous les problèmes en collectant toujours plus d'impôts. L'Etat doit se concentrer sur les grands
systèmes de protection nationaux et pour le reste, en particulier l'écoute de ceux qui souffrent et leur assistance, il doit donner la main aux associations. Il doit sensibiliser les
acteurs locaux à trouver les meilleures solutions locales. Même pour les grandes causes humanitaires d'ici ou d'ailleurs, il doit intervenir ponctuellement et surtout dans les situations
d'urgence, mais ensuite il doit favoriser la création le plus rapidement possible de structures locales capables de prendre le relais.
Dans le registre du vivre ensemble, les gouvernements s'émeuvent des difficultés rencontrées dans les banlieues et de la délinquance qui augmente dans les campagnes autant que dans les villes.
Ils s'agitent beaucoup pour montrer qu'ils font « quelque chose » ; ils jouent leur rôle de responsables que l'individualiste demande qu'ils endossent. Ils décrètent de grandes
mesures, sans se faire trop d'illusion. Tout le monde sait qu'il n'y a pas réellement de solution. La seule action politique possible est celle de créer les conditions favorisant l'émergence de
liens sociaux, ce qui, à moyen - long terme, améliorera le vivre ensemble et réglera une bonne partie des problèmes d'aujourd'hui. Tout ce qui suscite les rencontres entre les gens d'un même
pallier, d'un même immeuble, d'une même résidence, d'une même ville est bon à prendre. Pour toutes ces raisons, je pense que le soutien aux associations locales est la priorité numéro 1.
Tocqueville proposait déjà de créer des corps intermédiaires décentralisés, autonomes, de proximité. On assiste aujourd'hui à un certain fourmillement associatif. Cela est de bonne
augure tant il est nécessaire de remplir le vide laissé par les structures traditionnelles. Des lieux de vie commune disparaissent (les bars, les places publiques, les paroisses, les foyers
familiaux...) ; il est inutile de s'en attrister car d'autres apparaissent dans chaque quartier. Des moments d'échange se raccourcissent ou disparaissent (les repas de famille, les fêtes
nationales ou religieuses...), d'autres apparaissent sous d'autres formes, en plus grand nombre, afin d'offrir à chacun un choix. Ce fourmillement des associations locales a des retombées à
court, moyen et long termes. A court terme, on a pu constater récemment que les banlieues fonctionnent mieux et ont moins tendance à se livrer à la violence lorsque les associations sont
nombreuses à travailler en leur sein. A moyen terme, ce fourmillement crée de multiples liens. Certains sont provisoires et circonstanciels ; d'autres seront solides et amélioreront les
relations entre les individus. Dans tous les cas, il en restera toujours une meilleure connaissance mutuelle. A plus long terme, on sait que la vie au sein d'une association est un excellent
apprentissage de l'intérêt général, du débat démocratique et de la gestion de conflits.
Les associations sont les structures les plus aptes à trouver les outils les meilleurs pour développer les liens sociaux. Elles connaissent les vrais problèmes et les personnes qui les
subissent ; elles peuvent lancer et gérer des projets locaux dont les effets sont visibles sous les fenêtres des individus concernés. Elles peuvent agir aussi sur les individus eux-mêmes en
les aidant dans leur self-éducation, en leur proposant des loisirs, une initiation à la création et tout ce qui peut aider l'individu à se définir son propre projet de vie, à se situer dans
son propre avenir et à prendre conscience de son identité, non pas seulement en tant que membre d'un clan ou d'une communauté mais comme citoyen au sein de la société.
Je suis bien conscient qu'il faut des moyens financiers énormes pour mettre en œuvre une telle politique. Mais ce qui est dépensé d'un côté peut être économisé de l'autre en engendrant un peu
moins de délinquance. D'autre part, pourquoi forcément s'adresser à l'Etat ? Les fondations, les entreprises, les particuliers doivent assurer une partie importante de ce type de
financement moyennant défiscalisation et reconnaissance. Il se crée d'ailleurs chaque semaine de plus en plus de fondations en France, c'est un bon signe. Je suis aussi conscient que
certains peuvent détourner le mouvement associatif à des fins sectaires, ou pour promouvoir des idées anti-démocratiques ; comment choisir de soutenir telle association plutôt que telle
autre ? Les erreurs sont possibles, mais je pense que plus l'offre associative locale sera abondante et moins les mouvements « déviants » feront de recrues car ces derniers tirent
leur succès du vide et du manque de repères ressentis par beaucoup d'individus.
Au delà des questions de moyens et des risques, il faut opérer dans nos têtes un changement et lutter contre ce réflexe bien français qui consiste à considérer le rééquilibrage Individu -
Association - Etat comme une catastrophe nationale. Chaque fois que l'Etat se désengage de quelque chose, on parle de recul et de désastre à court ou moyen terme ; chaque fois
qu'une association prend en charge une activité, on pense que l'Etat est défaillant. Il faut sortir de cette idée négative et considérer que ce rééquilibrage consiste simplement à adapter
la société et ses rouages aux changements sociologiques que nous vivons.
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