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Samedi 13 juin 2009
La contagion démocratique (extrait de Sciences Humaines de Mai 2009)

"A l'échelle de l'histoire la démocratie ne semble pas sur le point de disparaître. Ces 60 dernières années le nombre de démocraties a été multiplé par 20 passant de 20 en 1946 à 89 en 2008 sur 193 Etats.

...

Selon l'organisation Freedom House, 46% de la population mondiale vit dans un pays libre en 2008 contre 25% il y a une quinzaine d'années."



Voila de bonnes raisons de croire que le développement, l'éducation et l'acharnement des peuples à demander plus de libertés finissent par avoir raison des dictatures. Pour les vieilles démocraties comme la nôtre, un défi se présente; c'est celui de faire comprendre aux individualistes hyper-exigents que tout ne leur est pas dû, aux individualistes égoïstes qu'il faut faire des concessions à la collectovité, et aux individualistes désobéissants qu'il faut bien qu'il y ait des autorités qui prennent des décisions et qu'il faut bien reconnaître leur légitimité, sinon c'est le chaos et la crise de la démocratie! Et que sort-il d'une crise? Une dictature bien sûr.


Rien est acquis, soyons vigilants.
                                                                                                                                                                                                         
Par B. Dufay
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Dimanche 17 mai 2009
Une autre bonne nouvelle

Ceux qui me font l'amitié de lire ce blog de temps à autres ont pu constater que je ne fais pas partie des pessimistes qui voient partout des signes de décadence. Les raleurs professionels, les négatifs et grincheux systématiques finissent par nous donner le bourdon à force de ne voir que le mauvais côté des choses; ils fabriquent les mauvaises nouvelles en interprétant tout de la manière la plus noire. Je critique fortement les médias qui ne s'intéressent qu'aux trains qui n'arrivent pas à l'heure et lorsqu'ils arrivent à l'heure, ils nous disent que c'est par chance. Je prétends qu'ils sont même capables de mettre des bâtons dans les roues des trains pour qu'ils aient moins de chance d'arriver à l'heure. Cela ne mène mulle part! J'ai donc décidé de mettre en lumière sur ce blog les bonnes nouvelles que je trouverais ici ou là.

La semaine dernière j'ai parlé d'une bonne nouvelle qui est passée inaperçue: la France est championne de la réduction des inégalités. En voila une deuxième: deux études récentes montrent que les violences n'augmentent pas, mais que nous les tolérons de moins en moins. Le processus de pacification se poursuit, même si nous pouvons avoir l'impression inverse. Les violences graves ne sont pas plus nombreuses qu'hier, en revanche les petites violences (injures, menaces, racket...) sont en augmentation. La proportion des personnes ayant subi une agression est stable autour de 7%, mais notre seuil de tolérance est en baisse et la pénalisation s'accentue; on a aussi recours à la justice de plus en plus souvent pour régler les conflits de le vie sociale.

Notre impression est donc bien différente de ce que les scientifiques observent. Ceci semble s'expliquer par trois éléments:
- nous sommes plus susceptibles et moins tolérants; ce qui pouvait se régler hier par une simple engueulade dégénère plus facilement qu'hier;
- notre vue est déformée par ce que les médias mettent sous nos yeux à longueur de journée; étant un peu voyeurs, notre regard ne se détourne pas des images dures; nous gardons en mémoire ces informations plus que toutes les autres.

Merci de me faire parvenir les bonnes nouvelles que vous trouverez: il est temps de prendre le contre pied des médias! (au risque de voir la fréquentation de ce blog baissée!)
Par B. Dufay
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Dimanche 3 mai 2009

la prochaine crise

Après la bonne nouvelle, la mauvaise nouvelle : la prochaine crise sera celle de l'information. D'abord parce qu'elle ne s'est jamais produite encore ; ensuite parce que les journalistes font tellement mal leur métier et qu'ils sont tombés dans un tel grossissement de leur ego qu'elle me semble inévitable. Les excès de ces personnes apparaissent tous les jours sur tous les médias. Quelques exemples : avant qu'il ait commencé, le sommet du G20 va forcément ne rien donner ; les mesures du gouvernement sont toujours des mesurettes ; les opposants sont 10 fois plus présents sur les ondes que ceux qui essaient de construire ou d'améliorer les choses ; l'impertinence avec laquelle ils interviewent nos dirigeants est insultante pour ces derniers comme pour ceux qui les ont élus ; leur chroniques sont toujours systématiquement contre tout ; ils diffusent un pessimisme et une vue négative déprimante sur toutes choses ; ils se croient détenteurs de vérités alors qu'ils ne comprennent que très partiellement les sujets dont ils parlent ; ils se croient autorisés à juger de tout et n'importe sous couvert du droit à l'information ; ils n'acceptent aucune critique car ils se considèrent comme au dessus de tous.

En revanche, ils n'expliquent pas les questions difficiles; ils ne donnent pas de temps à ceux qui savent; ils fabriquent les événements; ils enterrent les bonnes nouvelles; ils modèlent la réalité à des fins mercantiles ou idéologiques; ils influencent les pensées dans le sens qui arrange leur microcosme... Et ceci n'est qu'un petit inventaire ! À l'appui de cela je voudrais citer S. de Menthon (présidente d'Ethic) qui est beaucoup plus compétente que moi sur le sujet pour juger de la couverture médiatique de la crise : « Il y a actuellement un accroissement de la recherche du sensationnel autour des listes de plans sociaux, des fermetures d'usines, des malheureux qui vont faire brûler des pneus. Il n'est pas question de censurer quoi que ce soit, mais dans une période aussi difficile, je lance un appel à l'éthique : où s'arrête l'information et où commence la course à l'audience ? ». Autre élément intéressant : un récent article de JF. Pecresse dans les échos du 10/04/09 est intitulé : « La France championne de la réduction des inégalités » ; Il commence par : « C'est un rapport oublié de l'OCDE. Publié en octobre 2008, il n'a trouvé aucun écho dans notre pays. .... La France est le pays où les inégalités ont le plus baissé.»

 

Qu'est-ce que peut être une crise de l'information ? C'est la perte totale de crédibilité des diffuseurs d'information d'abord, ensuite des auteurs et des décideurs en général, et enfin de l'information elle-même. N'oublions pas que nous sommes dans une société de l'information. Pour la grande majorité d'entre nous, c'est ce que nous brassons à longueur de journée; c'est ce sur quoi nous travaillons, ce avec quoi nous commerçons ; c'est ce qui nous permet de créer des relations sociales, de nous instruire, de nous amuser, de nous tenir au courant de ce qui se passe et de prendre nos décisions. La crise viendra de l'absence de clarté des sujets qui entraînera la confusion des esprits et l'impossibilité d'être sûr de rien, tant les manipulations se généraliseront. La crise viendra de la peur, de la méfiance, de l'absence de confiance dans l'avenir ; cette peur viendra de la surveillance qu'il faudra exercer sur tout ce qu'on dira et écrira car tout peut être déformé et retenu contre son auteur.

La crise de l'information engendrera une crise de l'autorité poussée à son paroxysme et une crise de l'individu. Dans cette atmosphère, la paralysie s'installe et la crise s'étend à tous les rouages de la société. L'individu, dans sa vie personnelle comme dans ses activités d'acteur social, se renferme sur ce qu'il peut contrôler sans risque. Il attend, ne bouge pas. Le citoyen ne fait plus que consommer et épargner, il n'investit plus. L'investisseur ne croit plus en les informations qui lui parviennent. L'entrepreneur, se sentant détesté, gère le court terme. Le gouvernant, craignant pour sa vie, ne fait plus qu'expédier les affaires courantes. Le professionnel libéral, sous la menace de procès systématiques, n'ose plus travailler que protégé d'une armée de juristes. Cela bloque toute dynamique collective. C'est la crise psychologique par perte de confiance qui entraînera une crise de société, qui elle-même se traduira par une crise financière et économique. Je ne vois pas comment le développement et la croissance peuvent être au rendez-vous si l'on tombe dans la crise l'information !   

Par B. Dufay
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Vendredi 1 mai 2009

la prochaine crise

Depuis le début du 20ème siècle, nous avons traversé toutes sortes de crises. Je cite de mémoire : celles de l'industrie, de l'énergie, des matières premières, des biens alimentaires, des nouvelles technologies, de l'immobilier, et j'en oublie sans doute. Aujourd'hui c'est une crise financière qui sévit. Certaines sont des bulles et d'autres sont systémiques. Elles ont toutes une cause première : l'abus. Excès de pouvoir, appât du gain, trop grande prise de risques, comportements malhonnêtes... Un « trop de quelque chose » qui entraîne des déséquilibres trop forts qui finissent toujours par provoquer des corrections violentes. Pour prendre une comparaison facile, il en va de même avec la gestion du « capital santé » des individus. A ne pas se soucier de sa santé, à trop tirer sur la corde, elle se casse. Toute exagération finit par un drame. C'est une règle générale, connue de tout le monde depuis la nuit des temps, et pourtant, rien n'y fait ; elle semble impossible à corriger. Elle est dans la nature humaine.

 

Il y a toujours à l'origine de ces crises les exagérations de quelques-uns. On préfère en général penser au système lui-même, à ses défaillances ou le remettre en cause dans ses fondements ; les critiques du libéralisme et du capitalisme fleurissent ! Mais ce sont bien les personnes qui font le système qui lui-même peut aussi entraîner les déviances d'autres personnes. Cette réaction en chaîne est terrible ; elle n'exonère pas les maillons de la chaîne de leurs responsabilités, car c'est aussi l'argent qui fait fermer leurs yeux aux traders excessifs et aux maillons en bout de chaîne que sont les clients réclamant des taux de rendement excessifs ! Tout le monde est complice, même si le sommet de la pyramide est toujours plus responsable que les autres.

 

Je vois une bonne nouvelle : on voit se développer une plus grande conscience des problèmes environnementaux ; les excès liés aux comportements polluants sont de moins en moins acceptés dans nos pays occidentaux au moins. On observe aussi une meilleure compréhension de la notion de morale ; elle ne veut pas dire rigueur, fermeture, psychorigidité mais modération et raison. Par la force des choses, elle va faire son retour sur la scène internationale. Je veux croire que ces deux observations sont des signes d'un recul de l'excès et un retour à la modération dans la vie des individus, dans celle des sociétés comme dans le monde économique et financier. La crise actuelle nous montre qu'il s'agit d'une question de survie. Les voyous existeront toujours, et on ne pourra jamais se passer de polices spécialisées chargées de les traquer, mais la tolérance collective est en train baisser : il sera plus facile de démasquer les voyous. Surtout que tout ou presque finit sur la place publique ! Ils risquent les lynchages médiatiques ou physiques.

 

Je vois aussi une mauvaise nouvelle : la prochaine crise sera celle de l'information.

Par B. Dufay
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Dimanche 5 avril 2009

Je voudrais vous faire connaître une petite entreprise que je viens découvrir : Paradigm.

 

Basée à Montpellier avec un "comptoir" en région parisienne, elle est positionnée sur un créneau original : la vulgarisation et la méthode de narration dite de "storytelling".

 

Elle propose des services de conseil et formation pour aider à communiquer en faisant comprendre certains sujets non triviaux. Leurs principaux chevaux de bataille: les sciences et technologies, les questions de société et "savoirs citoyens", et les "cultures métiers".

 

Exemple : des formations et des conférences "panoramas" sur l'énergie, l'éco-construction, la crise financière, les grandes surfaces, les nanotechnologies, la Chine, l'histoire et la prospective de l'informatique ou de l'électroménager!

 

Pour travailler, les gens de Paradigm rassemblent en atelier de travail ultra efficaces, spécialistes des sujets, "vulgarisateurs" et techniciens de l'image! Elle réalise également des courts et moyens métrages de storytelling comme le très humoristique "My beloved enemy Coca-Cola" fait pour un séminaire du groupe Pepsi...Enfin, Paradigm utilise également son savoir-faire sous forme de consulting, par exemple pour valoriser ou sensibiliser avec une approche "de fond" certains produits technologiques nouveaux.

 

Paradigm travaille avec des entreprises et avec les collectivités publiques ; elle cherche à développer ses affaires : n'hésitez à faire appel à ses services.


Cette startup est remarquable par son dynamisme, sa créativité et la qualité de ses intervenants : visitez son site : www.paradigm.fr

 

Par B. Dufay
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Dimanche 29 mars 2009
individualisme et collectifs: partie 8 et fin

Pour terminer ce long article je souhaiterais faire encore quelques remarques.

  • Ce qui précède relève d'un raisonnement sur la nature individualiste de notre société. Même si d'un coup de baguette magique on savait réaliser les changements que j'ai proposés, rien ne permet de penser que les relations humaines s'amélioreront et que la société dans son ensemble fonctionnera mieux. Chacun sait que les connaissances et la raison ne sont pas suffisantes pour améliorer les rapports entre les humains. Il faut adjoindre du sentiment entre les individus qui se côtoient et développer leur empathie. Si les associations ont plus de chances que l'Etat de réussir dans ce domaine, je reste conscient que l'affectif ne se décrète pas. J'espère que la sensibilité croissante que les individualistes développent pourra être canalisée par des projets de création et venir irriguer d'affect les liens sociaux construits au sein des collectifs locaux.
  • Un autre élément est essentiel pour améliorer l'édifice: il faut donner du/un sens à l'action individuelle pour elle-même et en tant que composante de l'action collective. Cela commence dans la vie quotidienne avec le consommateur qui voudrait consommer mieux, en tenant compte de sa santé, de l'écologie, et de l'économie. Cela concerne le travailleur qui se demande pourquoi il se bat chaque jour dans son travail et qui voudrait participer à la gestion à long terme de son entreprise. Cela inclut aussi le citoyen qui voudrait comprendre quelle société nous sommes collectivement en train de modeler et quelle est la vision d'avenir de ceux qui nous gouvernent. Il ne s'agit pas de ressusciter les grands projets, mais de donner une perspective qui transcende les contingences. Dans ces temps de crise, les interrogations deviennent des raisons de ne pas avancer. Une bonne part des blocages de l'économie relève de causes psychologiques. Hier, aujourd'hui comme demain, l'être humain ne peut se passer de rêve, d'imaginaire, de transcendance pour avancer.
  • Les spécialistes commencent à penser que Rousseau avait tort lorsqu'il disait que l'homme est bon, c'est la société qui le corrompt. En fait sans société qui l'encadre, l'individu ne parvient pas à se socialiser : il devient un sauvageon et la société se met à régresser au détriment des plus faibles, du développement des valeurs humanistes, de la création et du bonheur de vivre ensemble. Tout l'enjeu consiste à définir cet « encadrement » de l'individu par la société. Trop rigide, il sera rejeté ; trop léger, il sera inopérant. Il doit fixer des limites avec des lois lorsqu'il le faut, mais aussi guider, transmettre et favoriser la self éducation des citoyens. Grand programme pour une société ! Mais projet indispensable pour un fonctionnement plus harmonieux. 

 

Par B. Dufay
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Dimanche 22 mars 2009

Individualisme et collectifs: partie 7: un individu fort

L'individu a pris le pouvoir dans les années 1980
. C'est une manière de dire qu'il s'affirme de plus en plus, qu'il a conscience de son individualité et qu'il a acquis un sentiment de puissance jamais vu dans le passé; c'est ce qui fait de lui un individualiste contemporain. Il a pris le pouvoir et personne ne lui reprendra ; mais cela ne fait pas de lui un individu fort. La puissance sans éducation ne mène nulle part. Il n'a pas terminé son cheminement. Il est au milieu du gué, il doit faire un effort pour prendre ses responsabilités pleines et entières à la hauteur et à la mesure de cette puissance. Ce décalage explique les multiples contradictions dans lesquelles l'individu se trouve lorsqu'il parle de l'Etat. Par exemple l'individualiste ne peut pas à la fois lui demander de s'occuper de tout et ne pas reconnaître sa légitimité à agir. Pour sortir de ces contradictions et responsabiliser l'individu, il faut non seulement le repositionner vis-à-vis des collectifs, mais en plus qu'il apprenne à gérer sa puissance.

 

L'individu fort est celui qui a pris conscience de sa force, qui sait l'apprivoiser et la contrôler. Chacun doit apprendre à gérer son individualisme : d'un côté calmer les réactions qu'entraîne un ego surdimensionné, arrêter de faire du triomphalisme et de la mégalomanie, d'un autre côté, avoir le courage de ses opinions, assumer les conséquences de ses actes, et ne pas faire de paranoïa en se faisant passer pour l'être le plus malheureux de la terre. Il s'agit d'éduquer les comportements, le savoir-vivre ensemble, mais aussi d'apporter les connaissances philosophiques qui aident à la compréhension du monde. Prenons l'exemple des valeurs morales. On peut les considérer comme de simples conventions qui ne sont pas justifiées. Et c'est certainement le cas pour certaines d'entre elles. La réaction première de l'individualiste qui a pris le pouvoir est de toutes les rejeter car il ne veut plus suivre aveuglement ce qui lui vient de la tradition. Ensuite en creusant un peu, il peut se rendre compte que plusieurs d'entre elles permettent à l'individu d'avoir des automatismes atténuant ses réactions agressives dans sa vie en société, d'autres incitent à aider les plus faibles ou à ne pas gaspiller les ressources limitées. En allant un peu plus loin, il découvrira que quelques-unes relèvent de la liberté, du respect et de la dignité des êtres humains. Il débouche sur les valeurs et les intérêts vitaux de la société des hommes. Celui qui ne comprend pas le sens des choses et qui est incapable de discerner la réalité en arrière plan des apparences, ne peut pas prendre du recul. Il réagit instinctivement. Celui qui ne connaît pas ses propres peurs ne fait pas de vrais choix personnels. Celui qui ne connaît pas ses faiblesses et qui n'accepte pas ses imperfections, celles des autres et celle de la société adopte des attitudes extrêmes : révolté systématique ou narcissique dominateur.

 

Tout se passe comme si l'individu devait découvrir par lui-même ce que les familles apportaient en héritage dans le passé. Il souhaite faire ses propres expériences de vie, rencontrer des témoins, collecter des informations éparses pour se convaincre du bien fondé de telle ou telle valeur collective. Ce type d'apprentissage fonctionne mieux que la lecture de livres « sérieux », les discours moralisateurs de la famille, ou les traditionnelles leçons de l'école. C'est pourquoi la vie au sein des associations, l'accès à des contenus vulgarisés sur Internet, la diffusion de fictions pédagogiques et les voyages à l'étranger sont si importants dans cette perspective. Les traditions apportaient aussi des repères et des valeurs encadrant le champ des possibles. La rareté des biens matériels et culturels faisait percevoir la valeur intrinsèque des choses. Aujourd'hui toutes les valeurs sont possibles, toute l'information est disponible, tous les biens sont disponibles. C'est formidable et terrifiant. Apprendre à gérer sa puissance revient à apprendre à vivre dans la liberté, c'est à dire dans un ensemble quasi infini de potentialités. Lucidité, sérénité et responsabilité sont plus que jamais indispensables. La liberté n'est pas de faire ce que l'on veut à tout instant, mais de penser et vouloir ce que l'on fait en pleine conscience de ses actes.

Par B. Dufay
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Dimanche 8 mars 2009
Individualisme et collectifs: partie 6: le rôle de l'état relatif à l'assistance 

Les programmes d'assistance aux démunis et aux personnes en difficulté sont très inefficaces et inadaptés. Ils consomment beaucoup d'énergie à s'entretenir eux-mêmes et laissent croire que les solutions doivent forcément venir d'en haut. Le rôle de l'Etat, à mon sens, n'est plus d'agir sur tous les problèmes en collectant toujours plus d'impôts. L'Etat doit se concentrer sur les grands systèmes de protection nationaux et pour le reste, en particulier l'écoute de ceux qui souffrent et leur assistance, il doit donner la main aux associations. Il doit sensibiliser les acteurs locaux à trouver les meilleures solutions locales. Même pour les grandes causes humanitaires d'ici ou d'ailleurs, il doit intervenir ponctuellement et surtout dans les situations d'urgence, mais ensuite il doit favoriser la création le plus rapidement possible de structures locales capables de prendre le relais.

 

Dans le registre du vivre ensemble, les gouvernements s'émeuvent des difficultés rencontrées dans les banlieues et de la délinquance qui augmente dans les campagnes autant que dans les villes. Ils s'agitent beaucoup pour montrer qu'ils font « quelque chose » ; ils jouent leur rôle de responsables que l'individualiste demande qu'ils endossent. Ils décrètent de grandes mesures, sans se faire trop d'illusion. Tout le monde sait qu'il n'y a pas réellement de solution. La seule action politique possible est celle de créer les conditions favorisant l'émergence de liens sociaux, ce qui, à moyen - long terme, améliorera le vivre ensemble et réglera une bonne partie des problèmes d'aujourd'hui. Tout ce qui suscite les rencontres entre les gens d'un même pallier, d'un même immeuble, d'une même résidence, d'une même ville est bon à prendre. Pour toutes ces raisons, je pense que le soutien aux associations locales est la priorité numéro 1.

 

Tocqueville proposait déjà de créer des corps intermédiaires décentralisés, autonomes, de proximité. On assiste aujourd'hui à un certain fourmillement associatif. Cela est de bonne augure tant il est nécessaire de remplir le vide laissé par les structures traditionnelles. Des lieux de vie commune disparaissent (les bars, les places publiques, les paroisses, les foyers familiaux...) ; il est inutile de s'en attrister car d'autres apparaissent dans chaque quartier. Des moments d'échange se raccourcissent ou disparaissent (les repas de famille, les fêtes nationales ou religieuses...), d'autres apparaissent sous d'autres formes, en plus grand nombre, afin d'offrir à chacun un choix. Ce fourmillement des associations locales a des retombées à court, moyen et long termes. A court terme, on a pu constater récemment que les banlieues fonctionnent mieux et ont moins tendance à se livrer à la violence lorsque les associations sont nombreuses à travailler en leur sein. A moyen terme, ce fourmillement crée de multiples liens. Certains sont provisoires et circonstanciels ; d'autres seront solides et amélioreront les relations entre les individus. Dans tous les cas, il en restera toujours une meilleure connaissance mutuelle. A plus long terme, on sait que la vie au sein d'une association est un excellent apprentissage de l'intérêt général, du débat démocratique et de la gestion de conflits.

 

Les associations sont les structures les plus aptes à trouver les outils les meilleurs pour développer les liens sociaux. Elles connaissent les vrais problèmes et les personnes qui les subissent ; elles peuvent lancer et gérer des projets locaux dont les effets sont visibles sous les fenêtres des individus concernés. Elles peuvent agir aussi sur les individus eux-mêmes en les aidant dans leur self-éducation, en leur proposant des loisirs, une initiation à la création et tout ce qui peut aider l'individu à se définir son propre projet de vie, à se situer dans son propre avenir et à prendre conscience de son identité, non pas seulement en tant que membre d'un clan ou d'une communauté mais comme citoyen au sein de la société.

 

Je suis bien conscient qu'il faut des moyens financiers énormes pour mettre en œuvre une telle politique. Mais ce qui est dépensé d'un côté peut être économisé de l'autre en engendrant un peu moins de délinquance. D'autre part, pourquoi forcément s'adresser à l'Etat ? Les fondations, les entreprises, les particuliers doivent assurer une partie importante de ce type de financement moyennant défiscalisation et reconnaissance. Il se crée d'ailleurs chaque semaine de plus en plus de fondations en France, c'est un bon signe. Je suis aussi conscient que certains peuvent détourner le mouvement associatif à des fins sectaires, ou pour promouvoir des idées anti-démocratiques ; comment choisir de soutenir telle association plutôt que telle autre ? Les erreurs sont possibles, mais je pense que plus l'offre associative locale sera abondante et moins les mouvements « déviants » feront de recrues car ces derniers tirent leur succès du vide et du manque de repères ressentis par beaucoup d'individus.

 

Au delà des questions de moyens et des risques, il faut opérer dans nos têtes un changement et lutter contre ce réflexe bien français qui consiste à considérer le rééquilibrage Individu - Association - Etat comme une catastrophe nationale. Chaque fois que l'Etat se désengage de quelque chose, on parle de recul et de désastre à court ou moyen terme ; chaque fois qu'une association prend en charge une activité, on pense que l'Etat est défaillant. Il faut sortir de cette idée négative et considérer que ce rééquilibrage consiste simplement à adapter la société et ses rouages aux changements sociologiques que nous vivons.

Par B. Dufay
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Samedi 28 février 2009

Individualisme et collectifs: partie 5: le rôle de l'état relatif à l'éducation et à l'arbitrage 

 

 

Cette discussion sur la concertation et la démocratie participative nous conduit au deuxième rôle essentiel de l'Etat, celui de l'éducation. Je pense que la société individualiste ne peut pas fonctionner sans une éducation de qualité pour les jeunes comme pour les adultes. Nous venons de le voir, le citoyen a besoin d'apprendre à débattre et d'acquérir des connaissances pour participer, mais il a aussi besoin de repères pour ne pas se sentir perdu.

Tout est mis en question, la complexité augmente, tout évolue de plus en plus vite, la mondialisation éloigne les centres de décision, tout est mis au grand jour, et il se retrouve seul devant ses décisions ! L'individualiste n'attend pas qu'on lui serve des idées toutes faites, bien sûr, il souhaite avoir les moyens (conseil, temps et support personnalisés) de se mettre à jour en permanence tout au long de sa vie. Il doit/veut prendre en main son propre destin intellectuel. Il y va de son équilibre et de son bonheur ici bas. Pour les adultes, j'ai eu l'occasion de faire quelques propositions dans « Apprendre à expliquer » qui peuvent se résumer par l'idée de « self-éducation » ou « autoformation permanente ». Pour ce qui est des plus jeunes, je pense que l'éducation nationale doit évoluer vers une organisation fortement décentralisée qui donne localement les moyens et la motivation d'action nécessaires à une tâche si difficile.

Il est évident pour la majorité des français que tous les efforts doivent se porter sur une réforme profonde de l'éducation. Réforme des matières à enseigner et des méthodes pédagogiques afin de tenir compte des tendances individualistes et des technologies informatiques à la portée de tous ; ajustement des formations (proportion pratique/théorique, nombre d'étudiants par session, contenu) aux besoins du monde économique ; initiation à la vie commune, à la création autant qu'à l'argumentation critique et à la self-éducation. Tout le monde est d'accord, mais les reformes n'aboutissent pas, perdant un temps précieux pendant lequel des milliers de jeunes sortent de l'école sans les moyens de s'adapter à la société dans laquelle ils auront à vivre. Je propose que le sujet soit décrété cause nationale du 21ème siècle et donc apolitique afin que toutes les bonnes idées se réunissent et qu'un groupe se situant au dessus de la mêlée politique conduise les réformes dans la durée. (On a bien le droit de rêver un peu!)

 

L'éducation doit être soucieuse de la socialisation - individuation des individus. Moins les parents sont disponibles ou capables d'assurer l'éducation de leurs enfants, plus l'école doit prendre le relais. Je ne propose pas de rétablir les cours de morale ou de revenir à l'école de la première moitié du 20ème siècle, mais d'ouvrir ses portes aux bénévoles (des sortes de super nanis) afin qu'ils complémentent l'action des enseignants par un encadrement des études du soir, des permanences, des cours de soutien, par l'organisation d'activités créatives, la pratique d'instruments de musique... Les enseignants se concentreraient plus sur leur travail d'enseignement des fondamentaux avec les méthodes qu'ils jugent les meilleures pour la population qu'ils ont devant eux.

 

Un autre rôle important de l'Etat consiste à devenir le garant du respect des contrats à travers la justice, à travers des régulations économiques, mais aussi à travers des arbitrages entre acteurs. Tout commence par une justice équitable qui se rend de manière sereine et éloignée des caméras. Ensuite pour éviter son engorgement, il est nécessaire d'augmenter le nombre de médiateurs - arbitres, capables d'inciter les acteurs à dialoguer et à trouver des solutions entre eux. Cette culture de la négociation s'appuie sur celle du dialogue ; elle doit être diffusée afin que les individualistes puissent gérer les contrats qu'ils passent entre eux et avec la collectivité. On ne peut pas imaginer que la tendance actuelle de recourir à des lois et aux tribunaux pour tout et n'importe quoi perdure bien longtemps. L'individualiste qui veut construire sa vie comprendra de mieux en mieux que de multiples contrats le relient aux autres, à son entreprise, aux collectivités et à la société en général. Ces contrats sont de nature morale, juridique, commerciale,... Il en acceptera d'autant mieux les conséquences qu'ils sont passés dans la transparence, valeur clé de la société individualiste et qu'ils sont arbitrés dans la sérénité, ce qui éviterait une multitude de malentendus.

Par B. Dufay
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Vendredi 27 février 2009
Individualisme et collectifs: le rôle de l'Etat

Il me semble que la crise que nous traversons montre bien que nous avons besoin d’un Etat fort mais centré sur des activités bien ciblées, plutôt que de faire croire à son efficacité en tous domaines. L’Etat doit consacrer son énergie à ses attributions centrales qui doivent continuer à être gérées de manière traditionnelle (justice, recherche, finance, défense, diplomatie, infrastructures…) et qui ne peuvent pas faire l’objet de débats publics. Elles concernent les grandes régulations économiques et financières, les investissements sur le long terme et certaines formes de protections sociales. La démocratie s’exerce à leur sujet à l’occasion des élections.

 

Le gros changement que j’appelle de mes vœux consiste à transformer complètement le fonctionnement de l’Etat relatif à la communication, aux arbitrages, à l’éducation et à l’assistance.

 

La communication est ressentie comme de la sujétion. L’information est véhiculée par des acteurs non légitimes ou partiaux. Une méfiance générale s’est développée vis-à-vis de tous les transmetteurs de messages. Les médias ont joué un grand rôle dans cette situation. Au lieu de favoriser les consensus et de faire comprendre, ils caricaturent, ils radicalisent, ils créent les affrontements, ils jettent le doute et divisent. Les journalistes ne doivent plus se permettre de jouer les amuseurs publics et de se mettre en scène au point de passer devant le sujet ; ils doivent cesser de comprendre à la place des citoyens et de se substituer aux connaisseurs. Leur rôle est de porter les questions à la connaissance de tous de la manière la plus objective possible, d’apporter des éclairages variés et d’inciter au débat.

 

Les dirigeants politiques de leur côté devraient arrêter de faire des déclarations politiques sans avoir préparé le terrain, ils devraient cesser de lancer des petites phrases ou d’insinuer. Ils seraient mieux avisés de lancer explicitement les débats sur un sujet délicat. Ils pourraient demander à des acteurs crédibles de les formuler et de les expliquer. Puis, ils pourraient inviter les citoyens à des conférences, à des réunions de recherche de solutions, à des échanges, à des séances de réflexion en commun. Plusieurs de ces dispositifs existent : débat public sur les questions environnementales, conseil de quartier, SRU, jury citoyen. Il faut en inventer de nouveaux, qui attireront les citoyens éloignés de la vie démocratique et, pour les animer, il faut susciter (ou exiger ?) l’engagement des universitaires, des vulgarisateurs, des animateurs de quartier, des enseignants, retraités ou en activité, rémunérés ou bénévoles. Après avoir reçu ces explications, les individus pourraient en meilleure connaissance de cause prendre leurs responsabilités, c’est-à-dire se forger leur opinion argumentée, soutenir une réforme ou lutter contre. Sur un terrain ainsi préparé, les politiques pourraient faire leurs déclarations politiques, lancer leurs propositions et prendre les décisions dans un climat beaucoup plus serein. Une telle politique rapprocherait au lieu de séparer, ferait émerger des consensus, et faciliterait ensuite l’exécution des décisions. L’Etat doit donc inciter chacun à approfondir les questions, à assimiler de nouvelles connaissances puis à dialoguer.

 

Ce type de processus de concertation, et la démocratie participative en général, présente plusieurs inconvénients. D’abord celui de la durée. Les débats ne doivent pas s’éterniser ; mais il faut laisser du temps aux individualistes qui veulent participer, sinon la frustration monte et rien ne bouge, mais il faut savoir trancher et décider au bon moment. Un autre problème est de faire accepter aux journalistes et aux politiciens de se mettre en retrait dans un premier temps, ce qui, avec les ego qui les caractérisent, n’est pas une mince affaire. Enfin pour être valables, ces processus ont besoin de sérénité et d’une connaissance partagée des sujets qui dépasse la lecture des quotidiens. Nous sommes dans la pire des situations ; la demande de participation est forte, mais les citoyens n’ont pas acquis la culture du dialogue et les connaissances des sujets débattus. Ils croient connaître sans avoir approfondi ; ils montent sur leurs grands chevaux avant même d’avoir écouté les arguments et les points de vue. Ce type de débat exige de la rigueur intellectuelle, pas seulement des opinions ou des ressentis. La transmission des connaissances au sein de la démocratie est donc un défi majeur pour son fonctionnement.

Par B. Dufay
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