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Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /2009 15:51
individualisme et collectifs: partie 8 et fin

Pour terminer ce long article je souhaiterais faire encore quelques remarques.

  • Ce qui précède relève d'un raisonnement sur la nature individualiste de notre société. Même si d'un coup de baguette magique on savait réaliser les changements que j'ai proposés, rien ne permet de penser que les relations humaines s'amélioreront et que la société dans son ensemble fonctionnera mieux. Chacun sait que les connaissances et la raison ne sont pas suffisantes pour améliorer les rapports entre les humains. Il faut adjoindre du sentiment entre les individus qui se côtoient et développer leur empathie. Si les associations ont plus de chances que l'Etat de réussir dans ce domaine, je reste conscient que l'affectif ne se décrète pas. J'espère que la sensibilité croissante que les individualistes développent pourra être canalisée par des projets de création et venir irriguer d'affect les liens sociaux construits au sein des collectifs locaux.
  • Un autre élément est essentiel pour améliorer l'édifice: il faut donner du/un sens à l'action individuelle pour elle-même et en tant que composante de l'action collective. Cela commence dans la vie quotidienne avec le consommateur qui voudrait consommer mieux, en tenant compte de sa santé, de l'écologie, et de l'économie. Cela concerne le travailleur qui se demande pourquoi il se bat chaque jour dans son travail et qui voudrait participer à la gestion à long terme de son entreprise. Cela inclut aussi le citoyen qui voudrait comprendre quelle société nous sommes collectivement en train de modeler et quelle est la vision d'avenir de ceux qui nous gouvernent. Il ne s'agit pas de ressusciter les grands projets, mais de donner une perspective qui transcende les contingences. Dans ces temps de crise, les interrogations deviennent des raisons de ne pas avancer. Une bonne part des blocages de l'économie relève de causes psychologiques. Hier, aujourd'hui comme demain, l'être humain ne peut se passer de rêve, d'imaginaire, de transcendance pour avancer.
  • Les spécialistes commencent à penser que Rousseau avait tort lorsqu'il disait que l'homme est bon, c'est la société qui le corrompt. En fait sans société qui l'encadre, l'individu ne parvient pas à se socialiser : il devient un sauvageon et la société se met à régresser au détriment des plus faibles, du développement des valeurs humanistes, de la création et du bonheur de vivre ensemble. Tout l'enjeu consiste à définir cet « encadrement » de l'individu par la société. Trop rigide, il sera rejeté ; trop léger, il sera inopérant. Il doit fixer des limites avec des lois lorsqu'il le faut, mais aussi guider, transmettre et favoriser la self éducation des citoyens. Grand programme pour une société ! Mais projet indispensable pour un fonctionnement plus harmonieux. 

 

Par B. Dufay
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Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /2009 17:00

Individualisme et collectifs: partie 7: un individu fort

L'individu a pris le pouvoir dans les années 1980
. C'est une manière de dire qu'il s'affirme de plus en plus, qu'il a conscience de son individualité et qu'il a acquis un sentiment de puissance jamais vu dans le passé; c'est ce qui fait de lui un individualiste contemporain. Il a pris le pouvoir et personne ne lui reprendra ; mais cela ne fait pas de lui un individu fort. La puissance sans éducation ne mène nulle part. Il n'a pas terminé son cheminement. Il est au milieu du gué, il doit faire un effort pour prendre ses responsabilités pleines et entières à la hauteur et à la mesure de cette puissance. Ce décalage explique les multiples contradictions dans lesquelles l'individu se trouve lorsqu'il parle de l'Etat. Par exemple l'individualiste ne peut pas à la fois lui demander de s'occuper de tout et ne pas reconnaître sa légitimité à agir. Pour sortir de ces contradictions et responsabiliser l'individu, il faut non seulement le repositionner vis-à-vis des collectifs, mais en plus qu'il apprenne à gérer sa puissance.

 

L'individu fort est celui qui a pris conscience de sa force, qui sait l'apprivoiser et la contrôler. Chacun doit apprendre à gérer son individualisme : d'un côté calmer les réactions qu'entraîne un ego surdimensionné, arrêter de faire du triomphalisme et de la mégalomanie, d'un autre côté, avoir le courage de ses opinions, assumer les conséquences de ses actes, et ne pas faire de paranoïa en se faisant passer pour l'être le plus malheureux de la terre. Il s'agit d'éduquer les comportements, le savoir-vivre ensemble, mais aussi d'apporter les connaissances philosophiques qui aident à la compréhension du monde. Prenons l'exemple des valeurs morales. On peut les considérer comme de simples conventions qui ne sont pas justifiées. Et c'est certainement le cas pour certaines d'entre elles. La réaction première de l'individualiste qui a pris le pouvoir est de toutes les rejeter car il ne veut plus suivre aveuglement ce qui lui vient de la tradition. Ensuite en creusant un peu, il peut se rendre compte que plusieurs d'entre elles permettent à l'individu d'avoir des automatismes atténuant ses réactions agressives dans sa vie en société, d'autres incitent à aider les plus faibles ou à ne pas gaspiller les ressources limitées. En allant un peu plus loin, il découvrira que quelques-unes relèvent de la liberté, du respect et de la dignité des êtres humains. Il débouche sur les valeurs et les intérêts vitaux de la société des hommes. Celui qui ne comprend pas le sens des choses et qui est incapable de discerner la réalité en arrière plan des apparences, ne peut pas prendre du recul. Il réagit instinctivement. Celui qui ne connaît pas ses propres peurs ne fait pas de vrais choix personnels. Celui qui ne connaît pas ses faiblesses et qui n'accepte pas ses imperfections, celles des autres et celle de la société adopte des attitudes extrêmes : révolté systématique ou narcissique dominateur.

 

Tout se passe comme si l'individu devait découvrir par lui-même ce que les familles apportaient en héritage dans le passé. Il souhaite faire ses propres expériences de vie, rencontrer des témoins, collecter des informations éparses pour se convaincre du bien fondé de telle ou telle valeur collective. Ce type d'apprentissage fonctionne mieux que la lecture de livres « sérieux », les discours moralisateurs de la famille, ou les traditionnelles leçons de l'école. C'est pourquoi la vie au sein des associations, l'accès à des contenus vulgarisés sur Internet, la diffusion de fictions pédagogiques et les voyages à l'étranger sont si importants dans cette perspective. Les traditions apportaient aussi des repères et des valeurs encadrant le champ des possibles. La rareté des biens matériels et culturels faisait percevoir la valeur intrinsèque des choses. Aujourd'hui toutes les valeurs sont possibles, toute l'information est disponible, tous les biens sont disponibles. C'est formidable et terrifiant. Apprendre à gérer sa puissance revient à apprendre à vivre dans la liberté, c'est à dire dans un ensemble quasi infini de potentialités. Lucidité, sérénité et responsabilité sont plus que jamais indispensables. La liberté n'est pas de faire ce que l'on veut à tout instant, mais de penser et vouloir ce que l'on fait en pleine conscience de ses actes.

Par B. Dufay
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Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /2009 18:47
Individualisme et collectifs: partie 6: le rôle de l'état relatif à l'assistance 

Les programmes d'assistance aux démunis et aux personnes en difficulté sont très inefficaces et inadaptés. Ils consomment beaucoup d'énergie à s'entretenir eux-mêmes et laissent croire que les solutions doivent forcément venir d'en haut. Le rôle de l'Etat, à mon sens, n'est plus d'agir sur tous les problèmes en collectant toujours plus d'impôts. L'Etat doit se concentrer sur les grands systèmes de protection nationaux et pour le reste, en particulier l'écoute de ceux qui souffrent et leur assistance, il doit donner la main aux associations. Il doit sensibiliser les acteurs locaux à trouver les meilleures solutions locales. Même pour les grandes causes humanitaires d'ici ou d'ailleurs, il doit intervenir ponctuellement et surtout dans les situations d'urgence, mais ensuite il doit favoriser la création le plus rapidement possible de structures locales capables de prendre le relais.

 

Dans le registre du vivre ensemble, les gouvernements s'émeuvent des difficultés rencontrées dans les banlieues et de la délinquance qui augmente dans les campagnes autant que dans les villes. Ils s'agitent beaucoup pour montrer qu'ils font « quelque chose » ; ils jouent leur rôle de responsables que l'individualiste demande qu'ils endossent. Ils décrètent de grandes mesures, sans se faire trop d'illusion. Tout le monde sait qu'il n'y a pas réellement de solution. La seule action politique possible est celle de créer les conditions favorisant l'émergence de liens sociaux, ce qui, à moyen - long terme, améliorera le vivre ensemble et réglera une bonne partie des problèmes d'aujourd'hui. Tout ce qui suscite les rencontres entre les gens d'un même pallier, d'un même immeuble, d'une même résidence, d'une même ville est bon à prendre. Pour toutes ces raisons, je pense que le soutien aux associations locales est la priorité numéro 1.

 

Tocqueville proposait déjà de créer des corps intermédiaires décentralisés, autonomes, de proximité. On assiste aujourd'hui à un certain fourmillement associatif. Cela est de bonne augure tant il est nécessaire de remplir le vide laissé par les structures traditionnelles. Des lieux de vie commune disparaissent (les bars, les places publiques, les paroisses, les foyers familiaux...) ; il est inutile de s'en attrister car d'autres apparaissent dans chaque quartier. Des moments d'échange se raccourcissent ou disparaissent (les repas de famille, les fêtes nationales ou religieuses...), d'autres apparaissent sous d'autres formes, en plus grand nombre, afin d'offrir à chacun un choix. Ce fourmillement des associations locales a des retombées à court, moyen et long termes. A court terme, on a pu constater récemment que les banlieues fonctionnent mieux et ont moins tendance à se livrer à la violence lorsque les associations sont nombreuses à travailler en leur sein. A moyen terme, ce fourmillement crée de multiples liens. Certains sont provisoires et circonstanciels ; d'autres seront solides et amélioreront les relations entre les individus. Dans tous les cas, il en restera toujours une meilleure connaissance mutuelle. A plus long terme, on sait que la vie au sein d'une association est un excellent apprentissage de l'intérêt général, du débat démocratique et de la gestion de conflits.

 

Les associations sont les structures les plus aptes à trouver les outils les meilleurs pour développer les liens sociaux. Elles connaissent les vrais problèmes et les personnes qui les subissent ; elles peuvent lancer et gérer des projets locaux dont les effets sont visibles sous les fenêtres des individus concernés. Elles peuvent agir aussi sur les individus eux-mêmes en les aidant dans leur self-éducation, en leur proposant des loisirs, une initiation à la création et tout ce qui peut aider l'individu à se définir son propre projet de vie, à se situer dans son propre avenir et à prendre conscience de son identité, non pas seulement en tant que membre d'un clan ou d'une communauté mais comme citoyen au sein de la société.

 

Je suis bien conscient qu'il faut des moyens financiers énormes pour mettre en œuvre une telle politique. Mais ce qui est dépensé d'un côté peut être économisé de l'autre en engendrant un peu moins de délinquance. D'autre part, pourquoi forcément s'adresser à l'Etat ? Les fondations, les entreprises, les particuliers doivent assurer une partie importante de ce type de financement moyennant défiscalisation et reconnaissance. Il se crée d'ailleurs chaque semaine de plus en plus de fondations en France, c'est un bon signe. Je suis aussi conscient que certains peuvent détourner le mouvement associatif à des fins sectaires, ou pour promouvoir des idées anti-démocratiques ; comment choisir de soutenir telle association plutôt que telle autre ? Les erreurs sont possibles, mais je pense que plus l'offre associative locale sera abondante et moins les mouvements « déviants » feront de recrues car ces derniers tirent leur succès du vide et du manque de repères ressentis par beaucoup d'individus.

 

Au delà des questions de moyens et des risques, il faut opérer dans nos têtes un changement et lutter contre ce réflexe bien français qui consiste à considérer le rééquilibrage Individu - Association - Etat comme une catastrophe nationale. Chaque fois que l'Etat se désengage de quelque chose, on parle de recul et de désastre à court ou moyen terme ; chaque fois qu'une association prend en charge une activité, on pense que l'Etat est défaillant. Il faut sortir de cette idée négative et considérer que ce rééquilibrage consiste simplement à adapter la société et ses rouages aux changements sociologiques que nous vivons.

Par B. Dufay
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Samedi 28 février 2009 6 28 /02 /2009 17:30

Individualisme et collectifs: partie 5: le rôle de l'état relatif à l'éducation et à l'arbitrage 

 

 

Cette discussion sur la concertation et la démocratie participative nous conduit au deuxième rôle essentiel de l'Etat, celui de l'éducation. Je pense que la société individualiste ne peut pas fonctionner sans une éducation de qualité pour les jeunes comme pour les adultes. Nous venons de le voir, le citoyen a besoin d'apprendre à débattre et d'acquérir des connaissances pour participer, mais il a aussi besoin de repères pour ne pas se sentir perdu.

Tout est mis en question, la complexité augmente, tout évolue de plus en plus vite, la mondialisation éloigne les centres de décision, tout est mis au grand jour, et il se retrouve seul devant ses décisions ! L'individualiste n'attend pas qu'on lui serve des idées toutes faites, bien sûr, il souhaite avoir les moyens (conseil, temps et support personnalisés) de se mettre à jour en permanence tout au long de sa vie. Il doit/veut prendre en main son propre destin intellectuel. Il y va de son équilibre et de son bonheur ici bas. Pour les adultes, j'ai eu l'occasion de faire quelques propositions dans « Apprendre à expliquer » qui peuvent se résumer par l'idée de « self-éducation » ou « autoformation permanente ». Pour ce qui est des plus jeunes, je pense que l'éducation nationale doit évoluer vers une organisation fortement décentralisée qui donne localement les moyens et la motivation d'action nécessaires à une tâche si difficile.

Il est évident pour la majorité des français que tous les efforts doivent se porter sur une réforme profonde de l'éducation. Réforme des matières à enseigner et des méthodes pédagogiques afin de tenir compte des tendances individualistes et des technologies informatiques à la portée de tous ; ajustement des formations (proportion pratique/théorique, nombre d'étudiants par session, contenu) aux besoins du monde économique ; initiation à la vie commune, à la création autant qu'à l'argumentation critique et à la self-éducation. Tout le monde est d'accord, mais les reformes n'aboutissent pas, perdant un temps précieux pendant lequel des milliers de jeunes sortent de l'école sans les moyens de s'adapter à la société dans laquelle ils auront à vivre. Je propose que le sujet soit décrété cause nationale du 21ème siècle et donc apolitique afin que toutes les bonnes idées se réunissent et qu'un groupe se situant au dessus de la mêlée politique conduise les réformes dans la durée. (On a bien le droit de rêver un peu!)

 

L'éducation doit être soucieuse de la socialisation - individuation des individus. Moins les parents sont disponibles ou capables d'assurer l'éducation de leurs enfants, plus l'école doit prendre le relais. Je ne propose pas de rétablir les cours de morale ou de revenir à l'école de la première moitié du 20ème siècle, mais d'ouvrir ses portes aux bénévoles (des sortes de super nanis) afin qu'ils complémentent l'action des enseignants par un encadrement des études du soir, des permanences, des cours de soutien, par l'organisation d'activités créatives, la pratique d'instruments de musique... Les enseignants se concentreraient plus sur leur travail d'enseignement des fondamentaux avec les méthodes qu'ils jugent les meilleures pour la population qu'ils ont devant eux.

 

Un autre rôle important de l'Etat consiste à devenir le garant du respect des contrats à travers la justice, à travers des régulations économiques, mais aussi à travers des arbitrages entre acteurs. Tout commence par une justice équitable qui se rend de manière sereine et éloignée des caméras. Ensuite pour éviter son engorgement, il est nécessaire d'augmenter le nombre de médiateurs - arbitres, capables d'inciter les acteurs à dialoguer et à trouver des solutions entre eux. Cette culture de la négociation s'appuie sur celle du dialogue ; elle doit être diffusée afin que les individualistes puissent gérer les contrats qu'ils passent entre eux et avec la collectivité. On ne peut pas imaginer que la tendance actuelle de recourir à des lois et aux tribunaux pour tout et n'importe quoi perdure bien longtemps. L'individualiste qui veut construire sa vie comprendra de mieux en mieux que de multiples contrats le relient aux autres, à son entreprise, aux collectivités et à la société en général. Ces contrats sont de nature morale, juridique, commerciale,... Il en acceptera d'autant mieux les conséquences qu'ils sont passés dans la transparence, valeur clé de la société individualiste et qu'ils sont arbitrés dans la sérénité, ce qui éviterait une multitude de malentendus.

Par B. Dufay
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Vendredi 27 février 2009 5 27 /02 /2009 19:26
Individualisme et collectifs: le rôle de l'Etat

Il me semble que la crise que nous traversons montre bien que nous avons besoin d’un Etat fort mais centré sur des activités bien ciblées, plutôt que de faire croire à son efficacité en tous domaines. L’Etat doit consacrer son énergie à ses attributions centrales qui doivent continuer à être gérées de manière traditionnelle (justice, recherche, finance, défense, diplomatie, infrastructures…) et qui ne peuvent pas faire l’objet de débats publics. Elles concernent les grandes régulations économiques et financières, les investissements sur le long terme et certaines formes de protections sociales. La démocratie s’exerce à leur sujet à l’occasion des élections.

 

Le gros changement que j’appelle de mes vœux consiste à transformer complètement le fonctionnement de l’Etat relatif à la communication, aux arbitrages, à l’éducation et à l’assistance.

 

La communication est ressentie comme de la sujétion. L’information est véhiculée par des acteurs non légitimes ou partiaux. Une méfiance générale s’est développée vis-à-vis de tous les transmetteurs de messages. Les médias ont joué un grand rôle dans cette situation. Au lieu de favoriser les consensus et de faire comprendre, ils caricaturent, ils radicalisent, ils créent les affrontements, ils jettent le doute et divisent. Les journalistes ne doivent plus se permettre de jouer les amuseurs publics et de se mettre en scène au point de passer devant le sujet ; ils doivent cesser de comprendre à la place des citoyens et de se substituer aux connaisseurs. Leur rôle est de porter les questions à la connaissance de tous de la manière la plus objective possible, d’apporter des éclairages variés et d’inciter au débat.

 

Les dirigeants politiques de leur côté devraient arrêter de faire des déclarations politiques sans avoir préparé le terrain, ils devraient cesser de lancer des petites phrases ou d’insinuer. Ils seraient mieux avisés de lancer explicitement les débats sur un sujet délicat. Ils pourraient demander à des acteurs crédibles de les formuler et de les expliquer. Puis, ils pourraient inviter les citoyens à des conférences, à des réunions de recherche de solutions, à des échanges, à des séances de réflexion en commun. Plusieurs de ces dispositifs existent : débat public sur les questions environnementales, conseil de quartier, SRU, jury citoyen. Il faut en inventer de nouveaux, qui attireront les citoyens éloignés de la vie démocratique et, pour les animer, il faut susciter (ou exiger ?) l’engagement des universitaires, des vulgarisateurs, des animateurs de quartier, des enseignants, retraités ou en activité, rémunérés ou bénévoles. Après avoir reçu ces explications, les individus pourraient en meilleure connaissance de cause prendre leurs responsabilités, c’est-à-dire se forger leur opinion argumentée, soutenir une réforme ou lutter contre. Sur un terrain ainsi préparé, les politiques pourraient faire leurs déclarations politiques, lancer leurs propositions et prendre les décisions dans un climat beaucoup plus serein. Une telle politique rapprocherait au lieu de séparer, ferait émerger des consensus, et faciliterait ensuite l’exécution des décisions. L’Etat doit donc inciter chacun à approfondir les questions, à assimiler de nouvelles connaissances puis à dialoguer.

 

Ce type de processus de concertation, et la démocratie participative en général, présente plusieurs inconvénients. D’abord celui de la durée. Les débats ne doivent pas s’éterniser ; mais il faut laisser du temps aux individualistes qui veulent participer, sinon la frustration monte et rien ne bouge, mais il faut savoir trancher et décider au bon moment. Un autre problème est de faire accepter aux journalistes et aux politiciens de se mettre en retrait dans un premier temps, ce qui, avec les ego qui les caractérisent, n’est pas une mince affaire. Enfin pour être valables, ces processus ont besoin de sérénité et d’une connaissance partagée des sujets qui dépasse la lecture des quotidiens. Nous sommes dans la pire des situations ; la demande de participation est forte, mais les citoyens n’ont pas acquis la culture du dialogue et les connaissances des sujets débattus. Ils croient connaître sans avoir approfondi ; ils montent sur leurs grands chevaux avant même d’avoir écouté les arguments et les points de vue. Ce type de débat exige de la rigueur intellectuelle, pas seulement des opinions ou des ressentis. La transmission des connaissances au sein de la démocratie est donc un défi majeur pour son fonctionnement.

Par B. Dufay
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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 19:28
individualisme et collectifs : partie 3: Le rapport de l'individu à la collectivité


Je pense que l'individu doit de se repositionner vis-à-vis des collectifs ; il doit accepter d'être pleinement responsable de ses actes et de prendre les initiatives à son niveau pour régler les problèmes auxquels il est confronté au lieu d'attendre que d'autres les prennent en charge. En paraphrasant Kennedy, on pourrait dire : « Ne vous demandez pas comment profiter du collectif et ce qu'il peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire à votre niveau pour vous, votre entourage et la société ». Ce changement de perspective se fera car elle est bien dans la logique individualiste et parce que c'est la seule qui fonctionne. Je pense que la France avait fait un pas dans cette direction après la dernière élection présidentielle. Malheureusement le contexte actuel brouille un peu la vue : beaucoup pensent que la crise provient d'un manque de contrôles étatiques et se basent sur ce constat pour revenir à leurs anciens comportements : "je suis victime de la crise, le système doit corriger ses problèmes et me venir en aide".

Ce retour à la collectivisation des problèmes et à l'intervention de l'Etat dans les affaires sont provisoires ; je ne crois pas que les mouvements fondamentaux soient modifiés dans le fond. L'Etat Providence qui protège tout le monde et personne est dans l'impasse. Chaque fois qu'il aide un individu ou un groupe, il en entrave un autre. L'Etat collectivisant n'a plus d'avenir, sa bureaucratie étouffe les initiatives des acteurs locaux: individus, associations et collectivités. Il est donc à contre courant des attentes de l'individualiste qui veut voir du concret à son niveau plutôt que de grandes déclarations politiques. Mais l'Etat ultra libéral qui se contente de protéger les libertés minimums n'en a guère plus. Ce dernier favorise les conditions d'entreprendre mais n'assiste pas suffisamment les plus faibles. Il ne se préoccupe pas suffisamment de l'arbitrage entre individus. Il faut donc définir un Etat qui aiderait l'individu à se réaliser à chaque étape de sa longue vie, mais sans lui mâcher le travail, en intervenant en cas de crise, mais sans systématiser la collectivisation des problèmes. Cela rejoint les idées de plusieurs hommes politiques français qui cherchent à définir un social libéralisme ou un libéral socialisme.

Dans cette perspective, un problème philosophique se trouve à l'arrière plan du débat. C'est celui de la croyance en la toute puissance de l'Homme, de l'Etat et du gouvernement. Ce dernier doit expliquer clairement qu'il n'a pas les moyens de tout faire dans tous les domaines, qu'il ne peut pas résoudre les problèmes locaux, et que beaucoup de manettes économiques lui ont échappé avec la mondialisation et la construction européenne. En ne disant pas que ses rôles et responsabilités ont changé et vont continuer à changer, il laisse croire en sa toute puissance et cela attise chez les citoyens individualistes des attentes qui se transforment en frustrations et déceptions. Plus généralement il faut cesser de laisser croire qu'à tout problème on détient une solution, qu'il suffit de mettre des moyens pour tout régler. On a vu récemment qu'à l'occasion de la tempête dans le Sud Ouest, les journalistes ne voulaient pas comprendre que même avec tous les moyens et la bonne volonté du monde il faut du temps. La nature nous réservera toujours des situations inédites et des problèmes sans solution. La maîtrise totale et l'infaillibilité ne sont pas de ce monde. En revanche l'humilité et l'acceptation des risques devraient en faire beaucoup plus partie.

Un autre exemple : on cherche à prévenir l'individu contre tous les risques, même les plus intimes en lui dictant ses comportements : Que faut-il manger ? Que faut-il acheter ? Comment décorer sa maison ? Que faut-il pour éviter tel ou tel risque ? Les messages fleurissent partout et ils répondent à l'attente d'une partie de la population, mais ils contribuent à déresponsabiliser, voire à infantiliser : ils engendrent des attitudes de rejet des autorités compétentes, de refus du risque et de réclamation systématique du type : personne ne m'avait prévenu, je suis la victime, je veux être indemnisé, les politiques n'ont rien fait, les autorités sont toutes nulles... Ces messages vont de plus en plus déstabiliser l'individualiste. Celui-ci ne sait plus à quel saint se vouer : lui-même, comme ses aspirations profondes lui dictent, ou un collectif flou et décrédibilisé sur lequel il aime se défouler ? Il vaudrait mieux instruire, montrer ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas, proposer à la réflexion individuelle tel ou tel sujet et laisser l'individu faire ses choix.

Par B. Dufay
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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /2009 18:06
Individualisme et collectifs - partie 2: un constat


L'individualiste a donc envers la société des attentes qui ont évolué ces dernières années. Il me semble qu'un autre changement est apparu : les grands projets sont à la peine. Aussi bien au niveau de l'entreprise que de la société tout entière, les grands projets, censés nous rapprocher et nous projeter dans l'avenir, n'ont que peu ou pas d'écho auprès des individualistes. Ils ne parviennent plus à mobiliser les énergies. Nous n'y croyons plus. Personne ne se plaindra de l'abandon, du moins en Europe, des « grands projets » qui ont fait couler du sang comme les conquêtes territoriales, les guerres de religion, la dictature du prolétariat ou le nazisme. En revanche, on pourra regretter que les dynamiques liées à la reconstruction d'après guerre, au progrès social ou technologique, à la conquête spatiale ne soient plus tellement opérantes. D'autres projets nous sont proposés : ils sont intéressants, mais ils restent des feux de paille ou ne mobilisent que mollement. Je pense à la construction européenne, à l'écologie, à l'éradication de la pauvreté, ...


Nous pensons souvent qu'il nous manque un leader qui serait capable de se lever et d'entraîner les foules. Oui certainement, mais si ces leaders n'existent pas, c'est aussi que la société n'en produit plus et que nous restons sourds à certains appels. Nous avons les leaders que nous méritons. Nous aimerions que soit présentée une vision d'avenir qui transcende les contingences matérielles et qui dépasse la politique politicienne. Mais en même temps, nous refusons les initiatives venues d'en haut. Nous regrettons les idéaux, nous déplorons l'absence de stratégies à long terme, nous souhaiterions nous mobiliser pour une grande cause, mais nous ne voulons pas de celles qui sont proposées par d'autres. Notre individualisme nous conduit à un excès de prudence, à une réserve systématique pour tout ce qui nous engagerait sur une longue période de temps ; tout étant si changeant, il paraît dangereux de faire des choix, de faire des promesses et de tenir sa parole pour la vie entière.


Certains vont un cran plus loin en affirmant que l'homme moderne a pris ses distances vis-à-vis de tous les grands desseins et de la croyance en général. C'est le désenchantement tous azimuts, détournant l'expression que Marcel Gauchet a popularisée lors de son analyse historique de la religion. C'est le fait de tourner le dos à toute transcendance qu'elle soit de ce monde ou d'un autre. Nous serions proches de mettre en doute systématiquement toute idée nous dépassant. Nous nous méfierions de toutes les initiatives qui ne viennent pas de nous. Nous serions, dans ce stade ultime de l'individualisme débridé, des croyants d'une seule et unique chose : nous-mêmes ! Il est donc inutile de rechercher un projet qui pourrait convenir à tous, car il existera toujours un nombre suffisant d'individus pour le contrecarrer. L'élite déplore cette tendance et s'en arrange, car elle n'a pas toujours les idées qui permettraient de construire un tel projet et elle n'a pas non plus suffisamment le dévouement et le désintéressement qu'il faudrait pour se lancer dans une telle aventure.


Je ne partage pas du tout cette vue désabusée et pessimiste de l'avenir de la société individualiste. Je pense que, à condition d'opérer quelques changements, la dynamique collective existe toujours et qu'elle peut être amplifiée dans une direction positive.

Par B. Dufay
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /2009 18:28
Individualisme et collectifs

J'ai conscience de faire preuve d'une incroyable prétention à vouloir traiter un sujet aussi sérieux et complexe que celui de la relation Individu - Collectifs. Sujet difficile et rapidement politique car il conduit à parler du rôle de l'Etat et des collectivités dans la société individualiste. Je vais tout de même m'y risquer.

Cet article comportera 3 parties :
1. nous analyserons les attentes de l'individualiste d'aujourd'hui vis-à-vis de la société
2. puis nous en viendrons à un constat terrible concernant les grands projets
3. nous essaierons de voir ce qui devrait/pourrait changer au niveau de l'Etat, de l'éducation, des associations et de l'individu lui-même.


1. Les attentes de l'individualiste vis-à-vis de la société


L'individualiste cherche à vivre sa vie de manière autonome ; il veut de la liberté de manœuvre vis-à-vis des collectifs auxquels il appartient; il veut avoir les moyens de s'épanouir au sein de la collectivité. Mais il ne veut pas prendre trop de distances vis-vis de la société car sa sensibilité le conduit à demander des protections face aux dangers de toutes natures. Il souhaite des assurances et des prises en charge collectives de ses problèmes les plus graves et de ceux des victimes et des défavorisés d'ici et d'ailleurs. Il veut également participer, il veut avoir la possibilité de donner son avis même s'il sait qu'il ne pourra pas le faire tous les jours et sur tous les sujets. Il attend de la collectivité de participer à des fêtes collectives ou communautaires. Il souhaite de la communication, de l'éducation, des débats. Il aimerait disposer d'une offre abondante d'activités variées pour satisfaire son côté multi-facettes.


L'individualiste ne souhaite pas subir les contraintes de la vie collective et avoir trop de devoirs à assumer ou des engagements forts et à long terme à prendre. Mais il ne déteste pas qu'on lui donne des idées, qu'on lui montre des témoignages, qu'on le guide en douceur. Il veut bien exposer ses sentiments et sa vie intime, il se laisse influencer sur le plan des opinions et des comportements, mais il ne supportera qu'on le juge. La morale est entrée dans sa sphère privée, elle est intouchable. Bref, c'est un peu plus complexe que par le passé ; on ne peut plus simplement dire : « D'accord de vivre en société, mais avec le minimum de conséquences gênantes ».


Comme il est impossible de changer l'évolution individualiste puisqu'elle fait partie de la nature humaine, il me semble indispensable de rééquilibrer la relation individu - collectifs en mettant l'individu au cœur des dispositifs d'action et de décision. Il serait bon de privilégier les initiatives individuelles et de développer les mouvements « bottom - up », qui partent de la base pour être agrégés par des structures intermédiaires de type collectivités locales et associations, puis à haut niveau dans un deuxième temps. De l'autre côté, il me semble indispensable de revisiter les missions régaliennes de l'Etat afin qu'il assume peu de missions, mais plus fermement et plus efficacement. C'est donc autour du trio, - individu fort - structures locales fortes - Etat fort -, que la société individualiste doit s'organiser.

Par B. Dufay
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Samedi 3 janvier 2009 6 03 /01 /2009 18:49
Chers lecteurs,

Je vous souhaite une excellente année 2009. Qu'elle vous apporte beaucoup de satisfactions et pas trop d'ennuis.

Du côté de ma publication, l'éditeur m' a rendu mon manuscrit avec pas mal de choses à reprendre; mais rien qui touche au fond.

Le titre a été choisi. Je vous le donne en avant première:

                                                       INDIVIDUALISTES, MAIS SEULS

                             Apprenez à mieux vivre avec les autres et avec vous-même !


Nous voilà lancés dans la dernière ligne droite. J'espère une sortie en librairie au cours du premier trimestre.

Je vous tiendrai au courant.
Par B. Dufay
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Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /2008 15:08
Le piège du vécu

Les médias montrent des exemples vécus pour illustrer tous les sujets. La télévision avec des reportages pris sur le vif, la radio en interviewant les victimes, la presse en publiant des photos chocs et Internet en rendant accessibles d'innombrables clips et qui est une immense bibliothèque de ressentis individuels avec en particulier le phénomène « blog ». Nous aimons le vécu, la télé réalité, le réalisme au cinéma. Nous avons pris l'habitude de regarder la réalité à travers le prisme du vécu. J'ai souvent rappelé dans ces articles que l'individualiste préfère écouter des témoins ; sa corde sensible vibre rapidement, il apprécie et surtout il donne plus de poids au vécu qu'aux théories. Nous sommes exposés à des expériences réelles en permanence, nous les réclamons lorsqu'elles n'apparaissent pas et nous sommes un peu déroutés par les discours abstraits. Au lieu d'argumenter, nous ne faisons que citer des exemples. Cela est une bonne chose sur plusieurs plans. Le vécu est plus facile à appréhender que les raisonnements sur des situations théoriques. Les témoignages aident à mémoriser ; ils mobilisent fortement les bonnes volontés. Cela pousse à l'action, lorsqu'elle est nécessaire, comme par exemple pour inciter à la générosité par le téléthon, mais cela ne pousse pas à la réflexion et cela empêche de voir la réalité vraie avec le recul nécessaire. C'est un danger qui conduit à un autre plus grave encore : nous entraînons les jeunes à être des rebelles.


Prenons l'exemple d'un documentaire sur le monde carcéral. Il va forcément montrer la surpopulation, les suicides, les trafics de toutes sortes, l'inhumanité des gardiens, et bien d'autres choses toutes aussi pitoyables les unes que les autres. Ces images vont sensibiliser le public aux problèmes des prisons, lesquels existent bel et bien. Mais comment éviter que le jeune spectateur n'en tire pas une conclusion rapide : les pouvoirs publics ne font rien pour les prisons, les fonctionnaires en charge de ces questions sont incompétents ou sans cœur, la France des droits de l'homme est bafouée, ... Puis comment éviter qu'il n'enclenche pas un mécanisme de généralisation s'il voit un deuxième documentaire sur un autre sujet délicat : les SDF, les sans papiers, les malades du SIDA... Arrivé à ce stade il devient un rebelle sans nuance. Si personne ne lui explique qu'il faut regarder l'autre côté de la médaille, par exemple les difficultés à éradiquer toutes les misères du monde, les efforts faits depuis de nombreuse années, les responsabilités souvent partagées, ... Si personne ne l'incite à faire attention aux images qui peuvent déformer la réalité et nous toucher au point de brouiller nos raisonnements... Si personne ne lui explique que l'état providence ne peut pas tout et ne pourra jamais tout car ses moyens dépend de nos impôts... il devient un « yaqua faucon » qui se tourne systématiquement vers les pouvoirs publics pour qu'ils fassent « quelque chose ». Il s'agace en voyant que les résultats n'arrivent pas et qu'il y a toujours des problèmes. Il finit par détester les autorités puisqu'elles ne règlent jamais les problèmes qui restent toujours aussi nombreux ! Il adopte une posture non constructive et sans nuance au sens qu'il ne sait plus regarder un problème sous différents angles en mettant en perspective l'importance, l'urgence et la gravité de chaque sous-problème, qu'il ne cherche pas à comprendre les problèmes en profondeur, et qu'il ne parvient pas à sortir des rêves idéalistes pour proposer des solutions réalistes. Il est pris au piège du spectacle du vécu : le cerveau droit se développe fortement et l'emporte systématiquement sur le cerveau gauche.


Certains pensent qu'être rebelle est une bonne chose et que cela vaut mieux que d'être un mouton. Soit ! Encore faut-il savoir sortir de cette posture de temps à autres ! J'ai remarqué qu'une fois que quelqu'un l'a adoptée, il ne sait plus la laisser au vestiaire. Tous les événements sont jugés à travers ce filtre à tout moment ; il recherche la faiblesse, la faille qui doit nécessairement exister ; il suspecte tout systématiquement, il ne regarde que la partie vide de la bouteille à moitié pleine ; il recherche des coupables au lieu de solutions ; il accuse toujours les autorités. Il finit par tout dévaloriser et regarder négativement tout ce qui se passe. Sans être un adepte de la pensée positive angélique, je vois un grand risque à favoriser cette posture et à engendrer des générations de rebelles. D'abord pour la vie collective car les débats démocratiques se grippent, ensuite pour le développement des idées, car celle de progrès finit par s'émousser et enfin pour la vie individuelle, car le pessimisme, la dérision et le désabusement entraînent un état dépressif qui rend malheureux.

Par B. Dufay
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