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Vendredi 10 octobre 2008
commentaires sur la crise financière

Nous n'avons pas fini de parler de la crise actuelle, de la commenter, d'en chercher les causes et les conséquences diverses et variées. Nous souhaitons tous que des parades soient trouvées; nous espérons tous ne plus jamais revoir ce type d'événements. Mais de forts doutes existent sur la capacité de l'homme a parfaitement maîtriser ce monstre qu'il a engendré et qui s'appelle l'économie mondialisée. Je ne suis ni économiste ni financier, donc je ne donnerai pas d'avis techniques sur la question mais j'ai quelques idées « philosophiques » (au sens commun de l'expression) que j'aimerais partager.


Ne peut-on pas se dire que tout système est sujet à des hauts et des bas, à des accidents inévitables ? Je trouve tout à fait stérile de se livrer à une attaque du système économique dans son ensemble ou du libéralisme lui-même. Si l'on se projette dans un autre domaine, on peut constater qu'il y a toujours des accidents sur nos routes, sans pour autant remettre en cause les infrastructures, le code de la route et les avantages à se déplacer comme on le souhaite. Il faut continuer à améliorer les choses, mais personne ne remet en cause la validité du « système ». Certains écologistes me diront qu'ils ne sont pas d'accord avec moi, mais je mets les économies d'énergie et la diminution des rejets polluants dans les améliorations à faire. Je crois à une adaptation progressive du système plutôt qu'à une révolution destinée à le mettre à la casse.


Les attaques sont extrêmement virulentes contre le système économique, dans tous les sens sur tous les médias à longueur de journée. Trop contents de pointer du doigt le capitalisme et d'accuser les riches, beaucoup cherchent dans les événements actuels à politiser le débat qui n'a pourtant pas besoin de cela ; ils cherchent des boucs émissaires, cela permet de faire de bons mots, d'ironiser contre les gouvernants et de faire du populisme à bon compte. Cela leur permet aussi de prendre une revanche idéologique. Bref ça vaut la peine, mais ça ne sert à rien, sauf à engendrer encore plus de pessimisme ! Qu'il me soit seulement permis de rappeler que l'économie de marché, et je ne parle pas ici d'ultra libéralisme, est certainement le moins mauvais système inventé par l'homme jusqu' à ce jour. Il faut l'apprivoiser, le contrôler plutôt que de pousser de hauts cris dogmatiques qui ne riment à rien. Rappelons que le système communiste a mené au dirigisme et à de bien pires catastrophes il y a quelques décennies.


A l'occasion de cette crise, il me semble que des progrès se font sous nos yeux pour construire une Europe plus forte. Chaque fois qu'un grand péril survient les hommes se rapprochent, les consensus s'imposent et il en reste toujours quelque chose. Ainsi peut-on espérer qu'une conscience Européenne plus forte émerge des événements tant il est évident que le système est interconnecté et qu'aucun pays d'Europe ne peut lutter seul contre des phénomènes de ce type. Des hommes forts et des institutions fortes doivent s'imposer à l'échelle de l'Europe pour faire front aujourd'hui et cela peut donner aux citoyens une image et une compréhension meilleures de l'Europe et de son utilité. C'est la première étape vers l'acceptation et la mise en place d'une Europe plus soudée.


Revenons à notre métaphore routière ; elle nous rappelle qu'il faut tout autant améliorer le système qu'éduquer et sensibiliser en permanence chaque automobiliste. La chasse aux chauffards ne doit jamais s'arrêter ! Je pense que l'on peut dire la même chose pour le domaine des affaires et tout particulièrement pour la finance. Ce secteur pose un problème particulier : les produits sont virtuels et leurs effets sont retardés. Dans l'industrie traditionnelle les échanges sont plus clairs et tangibles. Quelques effets désastreux peuvent être constatés sur le long terme, il faut les éviter autant que possible mais ce sont en général des effets indirects comme des impacts sur l'environnement ou rares comme la vente d'aliments nocifs à long terme. Les échanges commerciaux correspondent à des biens ou des services beaucoup plus transparents que dans le domaine financier. Les voyoux sont donc plus difficiles à démasquer; il faut les pouchasser avec d'autant plus de vigueur.


Je me refuse à parler de "secteur financier", car précisément une dérive consiste à voir dans la finance un secteur économique à part entière alors qu'il n'est qu'un service de gestion au service des entreprises, des collectivités et des particuliers. Ce domaine doit rester à sa place. Nous devons rééquilibrer le financier vis à vis du management et du politique. Le pouvoir qu'il s'est octroyé ces dernières années est énorme. C'est dangereux et inadmissible. Cela a conduit à la création de produits financiers aux effets désastreux, cela mène à la fascination de beaucoup de jeunes qui se détournent de l'industrie et du commerce car l'argent semble couler à flot, attirés qu'ils sont par des primes colossales. Cela conduit aussi des entreprises à prendre leur décision sous des angles purement financiers en laissant de côté leur sens des affaires, leur intuition commerciale, leur créativité technique ou leurs contraintes de production.


Cela m'amène à penser aussi que nous devons réintroduire la morale dans les comportements individuels et collectifs du monde des affaires. Tout se passe comme si il était de bon ton de la laisser à la porte des entreprises sous prétexte que les affaires sont les affaires !  Voilà mon coup de gueule, je sais qu'il ne changera rien, mais ça fait du bien !

Par B. Dufay
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Mardi 30 septembre 2008

J'avais à rendre le manuscrit à l'éditeur fin septembre. Le contrat est rempli: vendredi j'ai remis une version papier et la version électronique. Il faut bien s'arrêter un jour ! On aurais envie de continuer à améliorer très longtemps si une date ne venait mettre un terme au processus.

J'ai fait plusieurs modifications pour adapter le contenu à l'angle de vue que nous avons choisi d'un commun accord avec l'éditeur. En voici le résumé:

L'individualisme provoque un mal-être chez beaucoup d'entre nous; mais pour l'apprivoiser, la psychologisation ne nous aidera pas. Au contraire, elle nous enfonce. Il faut plutôt s'observer en tant qu'individu dans la société individualiste et réfléchir à notre place, notre rôle, notre mission sur terre et au milieu des autres. Pour ce faire, je préconise deux moyens l'écoute et la création. Il faut développer ces deux aptitudes que nous possédons tous mais que nous ne cultivons pas. Elles nous aident à nous connaître, à nous singulariser, à échanger sereinement avec les autres, à nous intégrer dans la société, à comprendre le monde, ... Elles nous tirent vers le haut, et avec un peu de chance et de la persévérance, elles peuvent nous conduire sur les chemins de la transcendance.

Le titre n'est pas encore choisi, il faut finaliser l'argumentaire de vente, tirer quelques épreuves pour en parler à des libraires, lancer la production... Vous devriez pouvoir l'acquérir au cours du premier trimestre 2009 !

merci de votre fidélité. 
 
Par B. Dufay
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Dimanche 14 septembre 2008

Psychologisation et individualisme (suite et fin)


Que peut-on faire face à la psychologisation galopante ? Je ne crois pas que l'on puisse se contenter de dire à chacun de se débrouiller tout seul. La demande est très forte, le mal-être et les difficultés de toutes sortes s'accumulent. L'individu n'a plus le secours des repères, des lois, des règles de sa famille et des autorités traditionnelles qui l'encadraient de manière assez serrée et lui fournissaient des réponses toutes faites. Aujourd'hui il est autonome, il a acquis de la liberté, mais en contrepartie, il est seul face à sa vie. Il se pose constamment des questions, et des questions se posent à lui toutes les minutes. Des questions pas simples, sans réponses évidentes ou comportant trop de réponses possibles. La vie est de plus en plus complexe ; tous les modes de vie sont médiatisés, relativisés et admis. Il cherche en lui-même autant qu'il attend de l'aide externe, car il ne déteste pas être guidé, avoir accès à des témoignages et prendre en exemple les personnes qu'il admire. Dans ce contexte, je pense que la psycho doit avoir sa place, toute sa place, mais rien que sa place. De toute manière l'offre est là, on n'empêchera personne d'y accéder. Ce qu'il faut combattre, ce sont les excès de la psychologisation et j'aimerais proposer deux idées dans ce but. La première est de renouveler la forme que prennent les aides proposées. Il est possible d'aider sans contraindre, d'accompagner sans faire croire aux miracles. La deuxième est de compléter le point de vue « psycho » par un point de vue « socio ».

Il existe un problème derrière la tendance à communiquer l'idée qu'à tous problèmes il existe une solution, une recette ou une méthode qui va sortir la personne concernée de l'ornière. Il y a d'abord la croyance en la « magie » ou en la science toute puissante. Cette croyance fait des ravages, même si tout le monde sait qu'elle n'est pas réaliste. Il y a ensuite la situation de dominé dans laquelle on met la personne, lui faisant croire qu'elle n'est pas capable de s'en sortir toute seule. A force d'assister les individus ils deviennent des assistés et ceci s'accompagne d'une sorte de non respect de l'individu libre. On finit par l'enfermer dans des obligations à pratiquer tel exercice pour devenir comme ceci, à apprendre telle pratique pour être meilleur, et en poussant à peine, à se changer de telle ou telle manière car on le considère comme inadapté ou mauvais. Qui peut se permettre de porter des jugements moraux de ce type ? Qui s'octroie le droit de standardiser les comportements humains ? Selon quels critères ? Dans quel but ?

Enfin il existe aussi le risque d'enfermer la personne dans ses problèmes personnels, en les transformant en obsession. Le remède devient alors pire que le mal. On connaît tous le paradoxe : avec les questions relatives au bonheur, il faut sortir de soi, il faut prendre du recul ; il faut s'oublier pour avoir une petite chance d'y répondre. Il faut puiser à des sources externes autant qu'à l'intérieur de soi, mais toujours éviter les deux extrêmes : tourner en rond en soi-même en se regardant le nombril et papillonner et se disperser au point de se perdre. Je crois qu'il est possible de venir en aide à autrui de manière respectueuse et en choisissant une voie entre ces deux extrêmes. Quelque soit sa forme, écrite ou orale, l'échange entre celui qui a eu une expérience ou qui a une connaissance en mesure d'aider et celui est en difficulté doit se faire dans un état d'esprit d'empathie, de générosité et laissant toujours la liberté de choix. Le premier propose des idées ; l'autre en dispose à sa guise. Il s'agit de découvrir le véritable sens de l'accompagnement. Accompagner signifie guider, mais ne pas imposer ; aider sans assister ; fournir les bases pour s'épanouir sans laisser croire aux illusions. Accompagner, c'est donner le choix et faire confiance.

La deuxième idée importante que j'ai mentionnée est de compléter le point de vue « psycho » par un point de vue « socio ». Je crois qu'il serait préférable de « sociologiser » un peu plus. Nous sommes des individus vivant en société ; nous sommes modelés par cette société ; nous sommes entraînés dans la course de la vie moderne. Cette vie, avec sa caractéristique majeure l'individualisme, est responsable de beaucoup de nos maux. Il faut comprendre tous les aspects de cet individualisme et discerner ses influences sur notre vie. Loin de moi l'idée de tout mettre sur le dos de cette société qui nous écrase, de l'Etat qui ne fait pas son boulot ou de je ne sais quel collectif qui nous aliène ! Mais en regardant cette notion d'individualisme de plus près on peut réaliser que notre mal-être est souvent lié à des problèmes d'identité, des tentatives infructueuses de se différencier, à des appels à exister, à des demandes de reconnaissance qui n'obtiennent pas de réponses. Ma conviction est qu'il faut penser notre place dans cette société, chercher comment se la faire et agir pour l'améliorer. Il faut comprendre quel est notre rôle social et comment nous pouvons le mettre en adéquation avec nos aspirations. Trop souvent, nous nous mettons en cause psychologiquement alors qu'il faudrait prendre des décisions d'engagement/désengagement, faire des choix de vie en société, en famille ou en entreprise qui nous correspondent mieux, se fixer des objectifs d'actions réalistes...

En équilibrant les points de vue psycho et socio, nous évitons de nous culpabiliser trop fortement ou de nous lamenter sur nous-mêmes. Chaque fois qu'une analyse psycho nous pousse à identifier nos faiblesses intimes, nous craignons de n'être pas à la hauteur d'une situation sous le regard des autres. Nous pouvons nous en vouloir de n'être pas « comme il faut » et de passer pour un « handicapé de la vie ». Les déficiences psycho peuvent êtres vécues comme des attaques personnelles. Plus fréquent et plus grave est le risque de baisser les bras. Nous pouvons nous dire que nous n'y pouvons rien, que nous sommes « comme nous sommes » et qu'il n'y a rien à y faire, étant construits avec un « bug psycho ». Mais je m'arrêterai là, car je crains moi-même de psychologiser ! Je crois que nous devons résoudre nos problèmes socio préalablement aux problèmes psycho et que les premiers sont plus faciles à résoudre que les seconds, si nous en prenons conscience, si nous le voulons vraiment et si nous nous y prenons correctement ! Alors, halte à la psycho de comptoir et place à la socio vulgarisée !

Par B. Dufay
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Samedi 6 septembre 2008

Psychologisation et individualisme

 

J'aimerais dénoncer dans cet article la psychologisation de la société. Cette tendance à penser que la psychologie peut résoudre tous les problèmes ou que l'on ne peut en résoudre aucun sans son secours est une dérive inquiétante. Elle donne à l'individualiste l'impression qu'il s'occupe bien de lui et que tout le monde s'intéresse à lui. Elle lui promet de soigner tous ses maux en lui proposant de multiples recettes et méthodes. L'individualiste égocentré et aimant papillonner pourrait se sentir comblé, au moins à court terme. En fait la psychologisation ne fait que le maintenir dans son nombrilisme et risque de le disperser entre de multiples idées et théories : à la fin il sortira insatisfait, frustré et souvent déstabilisé de ses investigations psychologisantes.

On a envie de lui dire : « cherche en toi-même ; active ton bon sens et ton expérience ; la solution à tes problèmes se trouve sous tes yeux ». Force est de constater que l'inverse se produit : dès qu'il ressent un mal-être ou une difficulté, la réponse qui lui vient à l'esprit est de s'adresser à la psychologie. Pourquoi pas ? Beaucoup le font aujourd'hui et en ont un réel besoin. La psychologie peut être un bon remède. Elle remporte un succès énorme en ce moment. On parle de soutien psychologique dès qu'un événement sortant de l'ordinaire se produit. Les livres et revues spécialisées se vendent très bien. Tous les magazines destinés au grand public ont leur rubrique « psycho ». Dès qu'un problème apparaît en famille, au travail ou entre amis, chacun y va de sa petite analyse psychologique. Tout le monde se croît plus ou moins psychanalyste depuis que les thèses de Freud ont été vulgarisées. On finit par tout « psychologiser » ! Mais j'ai bien peur que le remède ne soit pas très efficace puisque le mal-être général n'est pas en diminution ! Au contraire !

On pourrait rétorquer que les super conseilleurs - psychologues de comptoir ne sont pas des professionnels et que la psycho ne peut pas traiter tous les cas. Portant on psychologise dans tous les domaines. Par exemple à l'occasion des Jeux Olympiques, on a entendu des auto-analyses psychologisantes à chaque contre performance, faisant passer au deuxième plan les faiblesses techniques ou d'entraînement. Dans le domaine de la santé, certaines personnes se posent des questions à longueur de journée sur leur responsabilité personnelle dans leurs ennuis de santé, alors que ce n'est que la « faute à pas de chance ». Dans le secteur professionnel, on fait appel à des gestionnaires de stress, des coachs, des formateurs en développement personnel, là où il faudrait se poser des questions d'organisation du travail et de capacité à manager. Sans parler de l'éducation nationale qui détecte de plus en plus de problèmes psy chez les enfants ! Est-ce pour éviter d'aborder ses problèmes pédagogiques ou institutionnels ? Heureusement je crois détecter aujourd'hui quelques signes de saturation face à la psychologisation galopante !

Que peut-on faire ?   LA SUITE :  PROCHAIN ARTICLE

Par B. Dufay
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Jeudi 31 juillet 2008
La résilience des individualistes (troisième et dernière partie)


Il manque un niveau à ce débat sur la résilience, c'est celui du sens de la souffrance. La tendance est aujourd'hui de dire que la souffrance n'a aucun sens, qu'elle est un échec, qu'elle est une cruelle injustice et que la société doit lutter pour l'éliminer de la vie des hommes. Cette vue est un grand danger car elle laisse croire que les difficultés pourraient disparaître un jour, qu'une vie sans efforts ni contraintes serait idéale et que le bonheur n'est possible qu'en l'absence de souffrances. On en vient à extraire de la vie des moments ou conditions aussi importants que la mort, les infirmités, les accidents et la maladie que l'on préfère parfois ne pas nommer du tout tant on souhaite qu'ils disparaissent de notre quotidien. Il est malsain de la part des médias et des intellectuels de communiquer sans cesse dans ce sens. Il est irresponsable de la part des politiques de bercer la population d'illusions pour se faire élire ou réélire. Le résultat est que les individus sont de plus en plus démunis face aux épreuves et attendent de plus en plus que d'autres apaisent leur douleur et que l'état providence vienne à leur secours.

La souffrance n'a aucun sens car elle est l'opposé de la vie sur terre dans de bonnes conditions. Seuls les croyants qui offrent leur souffrance à Dieu peuvent y trouver un sens. Parfois on cherche un sens à la souffrance là où il n'y en pas. Les épreuves de la vie tombent sur tel ou tel individu de manière aléatoire ; on se culpabilise à force de chercher là où il n'y a rien à trouver. « Un coup du sort est une blessure qui s'inscrit dans notre histoire, ce n'est pas un destin » B. Cyrulnik. Il serait évidemment plus raisonnable de considérer que les épreuves font partie de notre vie autant que les joies. Il serait plus équilibrant de chercher à les gérer tant bien que mal en soi et avec son entourage avant d'en faire une quasi maladie que les psychologues doivent traitées. Il serait plus positif de réaliser que c'est en franchissant des épreuves que l'on se fortifie. L'épreuve est une occasion d'apprendre à se connaître et à se maîtriser. Elle donne l'occasion d'une satisfaction intense, celle d'avoir trouvé les ressources pour la surmonter. L'expérience s'enrichit des épreuves; elle s'améliore au point de devenir un guide pour le reste de la vie, mais surtout elle est la source du bonheur de maîtriser un peu mieux les événements qui surviendront dans le futur. Mais il n'y a rien à faire, nous n'arrivons pas à adopter ses positions raisonnables car nous sommes des individualistes fragiles !

L'individualiste aujourd'hui est seul face à ses problèmes sans le secours des repères de la tradition. Où trouver les ressources pour gérer les difficultés ? Comment trouver un sens ? Comment éviter de se poser les mauvaises questions et de se culpabiliser ? Ayant tendance à prendre grand soin de lui-même et à s'écouter, il a une grande peur de souffrir, de n'être pas à l'abri des problèmes dont on parle tant dans les médias. Sa peur augmente avec sa compassion ; sa résilience baisse avec son émotivité. Et un cercle vicieux se met en place, car la compassion se généralise. Les spécialistes du marketing en usent et en abusent ; les médias s'en font un écho assourdissant, donnant toujours plus la parole aux victimes. Les hommes et femmes politiques doivent s'attendrir publiquement pour montrer leur proximité avec les gens et leur compréhension des problèmes de monsieur Tout-le-monde. On parle moins d'injustices et plus de souffrances sociales ; on entend des témoignages de plus en plus tristes et on trouve ennuyeux ceux qui cherchent à prendre du recul et à élever le débat. Cette tendance accroit la passivité des individus, renforce leur sensibilité/émotivité et abaisse leur résilience. L'individu à faible résilience demande de la compassion, qui lorsqu'elle est médiatisée, baisse la résilience individuelle et collective, et ainsi de suite. Jusqu'où cela peut-il aller ?

Il faut de la sagesse pour accepter les souffrances, il faut beaucoup de temps et de maturité pour gagner en sagesse. Ce n'est certainement pas en refusant de voir les difficultés et en infantilisant la population que l'on peut progresser dans ce sens à titre individuel ou collectif !

Par B. Dufay
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Samedi 26 juillet 2008

La résilience des individualistes (deuxième partie)

Il existe deux facettes à cette notion de résilience ; la première, psychologique, est relative aux ressources internes de l'individu, à son estime de lui-même, ses compétences intellectuelles, son émotivité... La deuxième est sociale car elle repose sur les relations que l'individu entretient avec sa famille, sur l'attention qu'on lui porte, sur l'appui et la considération que la société lui réserve. Prenons l'exemple imaginaire de votre fils adolescent ; il a des difficultés scolaires alors que ses frères et sœurs n'en ont pas. Il se sent mal considéré dans sa famille. Par ailleurs il pratique un sport collectif où il réussit très bien. L'entraineur lui donne souvent la responsabilité de l'équipe. Le même garçon ayant une petite souffrance, disons un mal de ventre, se comportera évidemment de manière très différente dans une situation et dans l'autre. Dans la cellule familiale, il choisira plus ou moins consciemment d'exagérer son mal pour attirer l'attention de sa mère et se faire plaindre par sa fratrie. Au sein de son équipe, il prendra sur lui pour ne rien montrer de son mal à ses coéquipiers ; il jouera son rôle de leader et sa souffrance sera dominée. La résilience a autant à voir avec la psychologie de l'individu qu'avec sa psychosociologie. La nuance peut sembler mince, mais elle existe et elle rééquilibre en cas de faible résilience les raisons intrinsèques à la personne avec celles liées aux groupes auxquels elle appartient.

En insistant sur la deuxième facette (psychosociologique), on en vient à se poser des questions sur la place de l'individu dans la société, sur ses relations avec elles, ses ressentis et rancœurs. Les recommandations pour l'aider à guérir seront de nature différente des soutiens psychologiques traditionnels. Elles porteront sur le long terme car le chemin est long pour transformer l'être meurtri en un adulte citoyen en paix avec lui-même, avec son histoire et avec la société. Je pense qu'un moyen puissant pour parcourir ce chemin est d'aider la personne à définir et développer son projet personnel de création. La création donne une raison d'être dans la société, aide à garder la tête en dehors de l'eau au milieu des difficultés, apporte de la reconnaissance sociale autant que du recul vis à vis des blessures personnelles. J'ai pu écrire par ailleurs : « On peut avoir échoué selon plusieurs référentiels socioprofessionnels tout en gardant une bonne estime de soi et en étant reconnu socialement si on poursuit son activité de création contre vents et marées. » La création guérit de l'extérieur et de l'intérieur. Un encouragement, un petit compliment, une oreille attentive valent plus que les discours des psychologues. Le refuge dans lequel on se retrouve au cours d'un processus de création permet de penser en dehors et au delà des problèmes rencontrés, de se reconstruire, de se donner de la valeur à ses propres yeux. L'expression débridée enferme la victime dans ses difficultés, la création lui permet de canaliser ses souffrances.

Par B. Dufay
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Samedi 19 juillet 2008

La résilience des individualistes

Avez-vous remarqué comme cette notion de résilience s'est répandue rapidement dans le grand public ? À l'origine ce mot était réservé à la physique des matériaux puisqu'il désignait la qualité d'un métal à résister aux chocs. Aujourd'hui le mot a un deuxième sens, c'est l'art de se relever des épreuves, de rebondir après les échecs, de résister aux difficultés de l'existence. Cette soudaine popularité est-elle un signe que la vie est de plus en plus dure ? Ou celui d'une plus grande fragilité des individus contemporains face aux épreuves ? Ou encore celui d'une tendance à l'épanchement individuel ? La communication a certainement son rôle dans le soudain intérêt pour la résilience, et pas seulement en vulgarisant le mot ; chaque fois que l'on médiatise une souffrance, on en accentue le ressenti chez celui qui souffre comme chez les spectateurs, et ce pour une longue période de temps.

Quoiqu'il en soit, elle est aujourd'hui brandie comme une aptitude à cultiver et comme une sorte de recette magique face aux problèmes. Elle est développée et mesurée chez les employés car elle est reconnue comme une qualité rendant efficace. Il faut dire qu'avec les changements fréquents et les complications grandissantes des affaires, le stress augmente dans les entreprises et les travailleurs ont grand besoin d'apprendre à résister. La résilience est aussi analysée chez les enfants et les victimes, ce qui est censé permettre d'adapter à chaque cas le soutien psychologique qu'on est prêt à leur fournir. Les plus résilients d'entre nous devraient connaître un grand succès dans notre société difficile à vivre, modelée par l'individualisme. Les personnes les moins résilientes, c'est à dire ayant quelques faiblesses devant les traumatismes pourraient être repérées et aidées d'une manière particulière, à moins que l'on préfère les écarter de certaines responsabilités professionnelles ou de certaines postions sociales !

Il existe deux facettes à cette notion de résilience ; la première, psychologique, est relative aux ressources internes de l'individu, à son estime de lui-même, ses compétences intellectuelles, son émotivité... La deuxième est sociale car elle repose sur les relations que l'individu entretient avec sa famille, sur l'attention qu'on lui porte, sur l'appui et la considération que la société lui réserve. Je pense qu'on insiste trop sur la première facette. A trop parler de résilience individuelle, on focalise l'attention sur l'incapacité de l'individu à mener sa vie ; on en arrive inévitablement à des jugements de valeur à son égard alors qu'il a peut-être simplement été l'objet d'une faiblesse passagère. Mettre en cause la nature non résistante d'un individu a de fortes conséquences. Le regard que l'on porte sur lui et par suite celui qu'il finira par porter à lui-même seront gravement modifiés. Peut-on éviter alors les excès du déterminisme social ?

 

Par B. Dufay
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Dimanche 29 juin 2008

addendum à l'article "journalisme et individualisme"

si vous avez lu l'article sur les journalistes vous vous êtes peut-être dit que j'avais oublié de parler d'une catégorie professionnelle qui est particulièrement concernée par ce phénomène de gonflement de l'égo : les hommes et femmes politiques.

je rappelle le raisonnement:

- l'individualisme n'est pas seulement une sorte de repli sur soi, mais aussi et surtout une recherche d'individualité, de singularité. C'est une lutte contre le standard, le banal et le normal.
- nous sommes dans un mouvement sociétal de fond qui touche tout le monde. La démographie et l'industrialisation en sont les causes.  Nous sommes tous individualistes. En écrivant sur ce blog, je suis conscient de participer à ce mouvement!
- la communication et les feux de la rampe font gonfler l'égo. Les personnes devant les micros et les caméras se sentent le centre du monde, détentrices d'un pouvoir sur les autres. Elles veulent toujours plus de notoriété, elles veulent être flattés et adulés. L'égo gonfle sous les projecteurs ; être écouté ou vu par un grand nombre d'individus développe la vanité et l'orgueil.

En plus des journalistes les hommes et femmes politiques sont particulièrement exposés à cette dérive. Nous en avons des exemples frappants sous les yeux. Pas seulement avec le couple présidentiel. Mais tous les jeunes politiciens se livrent à cette lutte dérisoire pour exister dans les médias et développent ce gonflement.

Malheureusement ils n'arrivent pas souvent à exister aussi dans le monde des idées tant leur individualisme leur prend de l'energie! Je propose à tous de méditer cette phrase : "Il vaut mieux être pêcheur dans l'humilité que faire justice dans l'orgueil". Je ne sais plus où je l'ai lue, évangile? épitres? Saint Augustin?
 

Par B. Dufay
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Dimanche 22 juin 2008

De bonnes nouvelles de mes discussions avec les éditeurs

Je viens de recevoir un contrat; un éditeur a bien aimé mon manuscrit et souhaite le publier. C'est une bonne nouvelle. Il ne souhaite pas beaucoup de modifications, deuxième bonne nouvelle. Je vais lire le contrat attentivement et rappeler les autres éditeurs pour savoir où ils en sont. Je prendrai une décision avant les vacances. Et peut-être sera-t-il en librairie à la fin de l'année !

Il reste à trouver un bon titre. Les idées vont et viennent mais aucune ne fait l'unanimité alors je vous demande votre avis:

- individualiste, pour le meilleur et pour le pire ?


-  individualiste, j'assume mais je me soigne


- êtes-vous un individualiste heureux ?

- maîtrisez et soignez votre individualisme 

- la société individualiste

- trouvez votre place dans la société individualiste


merci de votre avis
 

Par B. Dufay
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Dimanche 15 juin 2008

Journalisme et individualisme (suite et fin)


Tout cela n’est que prétexte pour masquer la vraie raison qui est d’après moi l’énorme gonflement de leur égo. Ils n’en n’ont pas toujours conscience ; ils sont souvent, comme nous tous, victimes de la société individualiste. Ce qui aggrave leur cas est le fait qu’ils travaillent sous les projecteurs. Les quidams individualistes veulent être reconnus et aimés, mais les journalistes en veulent beaucoup plus : ils veulent de la notoriété, ils veulent être flattés et adulés. L’égo gonfle sous les feux de la rampe ; être écouté ou vu par un grand nombre d’individus développe la vanité et l’orgueil. Je souhaiterais qu’ils réalisent qu’ils sont dans une spirale de gonflement de l’égo qui peut conduire à l’explosion de leur identité ou à la détestation de leur personne par la population.

 

Faire un bon mot à tout prix, quitte à blesser l’interlocuteur, à dire des insanités ou à désinformer vient de l’idée qu’il faut se faire remarquer comme le plus amusant, le plus rapide et comme celui qui ose, qui n’a pas froid aux yeux. Parler des horreurs d’un procès permet de percer l’écran et de s’imposer dans l’intellect de tous les auditeurs. Tenir tête aux invités, les forcer à dire ce qu’ils ne souhaitent pas, ce soi-disant devoir d’insolence vient de leur volonté de se mettre en valeur aux côtés des personnalités qu’ils interviewent. Je me souviens de l’ambassadeur de Chine qui a dû se mettre en colère à l’antenne pour avoir le droit de finir ses phrases. Ils veulent avoir raison à tout prix faisant preuve d’une arrogance incroyable, même auprès d’experts mondialement reconnus dans leur domaine. L’acharnement médiatique dont a fait l’objet le Président de la République en 2007/2008 est choquant pour beaucoup de français, même ceux qui n’ont pas voté pour lui car c’est porter atteinte à la France que de le ridiculiser. Les journalistes font fi de la morale collective et n’ont de retenue que celle dictée par leur égo surdimensionné.

 

Cette évolution remonte à une dizaine d’années. J’écoute depuis cette date la radio chaque matin à peu près à la même heure dans ma voiture et j’ai pu noter le changement du ton employé par les interviewers du matin. On est passé de l’accueil et du questionnement d’un invité à la mise en difficulté pour éviter la langue de bois, puis à la déstabilisation systématique, pour en arriver à l’insolence généralisée, à la mise en doute a priori et à la vision négative de tout ce qui est dit. Cette attitude d’irrespect s’est répandue comme une traînée de poudre dans la majorité des médias. Elle permet aux journalistes d’assouvir leur besoin de visibilité, de paillettes et de pouvoir personnel sur le monde qu’ils s’imaginent maîtriser en prenant le dessus sur toutes les personnes qu’ils rencontrent. Malheureusement ils communiquent en même temps dans le public des manières d’être et de parler que les individus lambda ont bien du mal à apprivoiser. N’étant pas eux-mêmes sous les projecteurs, ils en font usage à contre temps dans leur relation de la vie de tous les jours. L’agressivité augmente, les susceptibilités se développent et avec elles, les pensées négatives. Tout cela détériore évidemment les liens sociaux.

 

On peut se demander comment interrompre ce cercle infernal : les mots violents entraînent des actions agressives qui donnent une ambiance délétère, laquelle ambiance s’impose comme une mode que les médias épousent en adoptant un ton toujours plus irrespectueux des gens et de leur dire. Je souhaiterais que les journalistes reviennent à leur métier de communication au sens étymologique du terme, c’est-à-dire celui de partage d’information avec un vrai souci de la compréhension du message par le récepteur. Il faut porter une attention beaucoup plus grande à ceux à qui on s’adresse ; il faut apprendre à expliquer le pourquoi, le comment ; il faut transmettre les savoirs nécessaires à la compréhension des questions de sociétés. Il y a un besoin énorme d’explication dans notre monde de plus en plus complexe. J’ai eu l’occasion d’aborder ce sujet d’intérêt général dans quelques articles récents. L’art et la manière d’expliquer le plus clairement possible à un large public des sujets non triviaux est un exercice des plus difficiles et des plus cruciaux pour le futur de nos démocraties. Il faut sortir de la seule communication utilitariste qui consiste à faire passer des messages et de la communication spectacle qui amuse la galerie. Je pense que les journalistes doivent repenser leur mission sociétale en se mettant au service de la transmission et du partage de la connaissance avec le plus grand nombre.

 

Il n’est pas simple d’interrompre cette course à la mise en valeur. Les raisons de fond qui nous ont conduits à la situation actuelle ne peuvent pas être changées facilement : l’évolution individualiste, la place exagérée donnée à l’argent dans les médias, les pouvoirs qui pèsent sur leurs métiers, la griserie des caméras, la fascination de l’image…. Les contrôles et sanctions sont également fort peu opérants. Alors j’en appelle à l’homme ou à la femme qui se cache derrière le journaliste. Laissez-le ou la prendre le dessus, arrêtez de jouer ce personnage odieux qui commence à lasser votre public. Réfléchissez à l’évolution de votre égo qui gonfle dangereusement. Résistez aux effets de mode, soyez vous-mêmes. Pour cela il n’y a qu’un moyen ; isolez-vous régulièrement, quelques jours à la campagne pour vous ressourcer, pour vous regarder dans votre miroir, pour y rencontrer des gens simples qui n’ont que faire de votre notoriété, et pour contempler le vrai monde, la nature, les choses de la vie, qui remettent si bien les idées en place.  

Par B. Dufay
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