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Samedi 29 novembre 2008 6 29 11 2008 15:45

relativisme et individualisme (deuxième et dernière partie)

 

Dans la première partie, Raymond Boudon nous a donné quelques arguments pour contrer le relativisme normatif. Il nous fait comprendre aussi la notion d'évolution et de sélection des valeurs dans les sociétés humaines. Les pratiques en vigueur sont souvent confrontées à de nouvelles idées qui jaillissent des esprits créatifs des hommes. Si une nouvelle idée finit par être acceptée par une majorité, si un consensus se dégage, on abandonnera progressivement les vieilles pratiques incompatibles avec ces nouvelles idées. Et donc les principes qui se maintiennent pendant de longues périodes de temps ont de bonnes chances de relever des valeurs universelles, celles qui se rapportent à la dignité de l'homme et à ses intérêts vitaux.

 

Certains sociologues (Durkheim et Weber en particulier) ont repéré depuis longtemps que ces valeurs servent à la sélection des normes dans l'histoire de l'humanité. Les idées qui correspondent à un progrès vis-à-vis de ces valeurs ont beaucoup de chances de s'imposer à plus ou moins long terme. Elles font partie de la nature humaine ; il faut donc les considérer comme fondamentales et universelles. Une autre preuve de leur existence est le fait que lentement mais sûrement l'homme devient individualiste, au sens qu'il prend une conscience de plus en plus vive de son individualité et de ces valeurs. L'abolition de la peine de mort, la justice équitable, la règle de la majorité, le respect des minorités s'imposent progressivement partout ; il faut du temps mais elles finissent par s'imposer au nom de ces valeurs fondamentales. Les exemples du parlementarisme, du suffrage universel, de la liberté d'expression et de la séparation des pouvoirs donnent des cas d'idées qui s'imposent progressivement au nom de la paix sociale qui ramène indirectement à ces mêmes valeurs.

 

Les adeptes du relativisme sont donc dans un double problème ; ils font une erreur en niant l'existence de valeurs fondamentales, alors que tout porte à penser qu'elles existent bel et bien, et ils sont en contradiction avec eux-mêmes en vivant eux-mêmes de manière individualiste et selon ces valeurs qu'ils rejettent. Ils font aussi fausse route sur le plan politique et social car en niant le modèle rationnel de l'être humain et en rejetant la légitimité de règles qui s'appliquent à tous, ils incitent implicitement les citoyens à contester toutes les autorités et toutes les lois. Certains responsables politiques le font même explicitement en parlant de désobéissance civique. Ces personnes conduisent les citoyens à un profond désarroi intellectuel, moral et politique, car aucune société ne peut être gérée et aucun individu ne peut gérer sereinement sa longue vie dans de telles conditions individualistes et relativistes à outrance.

 

Malgré tout, beaucoup de sociologues et philosophes nient l'existence de ces valeurs fondamentales et pensent que les normes, comportements et croyances ne sont que le fait de la socialisation des individus ; c'est le mouvement culturaliste. Cette pensée rejoint celles de Freud, Marx et Nietzsche. Elle remporte un succès considérable dans les sciences humaines, auprès des intellectuels et des gens des médias. Etant très bien relayée par ces derniers, elle remporte aussi un grand succès auprès du grand public. Cette diffusion comporte d'évidentes arrière-pensées politiques et idéologiques.

 

La promotion par les médias et le côté politiquement correct du relativisme n'expliquent pas tout. Ce succès s'explique aussi par l'apparente facilité à vivre cette doctrine. Ses adeptes s'affranchissent de juger et d'intervenir dans la vie sociale. Ils se lavent les mains de ce qui arrive et gèrent leurs petites affaires dans leur petit coin tant que bien sûr on ne vient pas entraver leur liberté de manœuvre. Plus besoin de chercher à comprendre, d'approfondir un sujet qui fait débat et de prendre une position claire si ce n'est pour se mettre en valeur personnellement. Plus de sens de l'intérêt général et faible sens du collectif, juste assez pour profiter de sa protection quand cela arrange. Position facile à court terme, mais destructrice à long terme de tous les éléments qui font le bonheur sur terre. En effet le « ni Dieu, ni maître » du 20ème siècle a abondamment montré ses limites. Je pense qu'il est plus courageux de juger, de choisir une option, de prendre le risque de se tromper que de dire « chacun fait ce qu'il veut ». Juger, c'est choisir ; choisir, c'est discriminer ; et discriminer est fortement rejeté dans notre démocratie brouillardeuse. Il faut du cran pour ne pas être relativiste.

 

Je pense que face à cette situation il faut restaurer la réflexion rationnelle face au charme de la communication, l'argumentation face aux émotions et l'approfondissement face au zapping superficiel. C'est le seul moyen de faire comprendre le mauvais relativisme et ses fondements extrêmement discutables ; c'est le seul moyen de mettre en évidence ses conséquences déplorables et d'espérer en sortir. C'est le seul moyen de se donner l'assurance et le courage de ne pas l'être. Je me rends compte que je ne propose pas de pistes bien concrètes pour contrer le relativisme ; mais nous sommes devant un problème individuel que seule la prise de conscience par un nombre toujours plus grand d'individus peut aider à corriger.

 

Par B. Dufay
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 11 2008 15:41

relativisme et individualisme (première partie)

 

Je viens de lire l'excellent Que-sais-je ? de Raymond Boudon sur le relativisme (Le relativisme, Que-sais-je?, Paris, 2008). Ce sujet m'intéresse depuis longtemps et ce petit livre m'a permis de mettre quelques idées en ordre. Il y a derrière cette notion de relativisme une grande confusion. Lorsque l'on parle de relativiser dans le but d'être tolérant et pour respecter autrui, en particulier l'étranger qui a des modes de vie différents des nôtres, le relativisme est une idée positive. Lorsque l'on relativise la gravité d'un malheur ou d'un problème par rapport à ceux des plus déshérités, là aussi, on est dans le positif. Lorsqu'on relativise au point de dire que tous les comportements se valent et qu'on ne peut juger de rien, on en vient à nier l'existence de valeurs fondamentales et universelles ; on touche alors à l'égalitarisme. C'est cette dérive dangereuse que pointe R. Boudon en faisant la distinction entre le bon et le mauvais relativisme. Il a le mérite de dire les choses clairement en utilisant un vocabulaire sans ambigüité : le relativisme normatif est mauvais.

 

Ce mauvais relativisme a plusieurs relations avec l'individualisme. Entre le « chacun pour soi » de l'individualiste et le « chacun fait ce qu'il veut » du relativiste, il y a de forts liens. On entend souvent l'expression « chacun fait ce qu'il veut », sous-entendant que le fait de ne pas déranger les autres est suffisant pour justifier toutes sortes de comportements et d'idées. « Chacun pour soi » entraîne « chacun fait ce qu'il veut » car sous couvert de donner de la liberté à l'autre, c'est en fait à lui-même que l'individualiste cherche à en donner : il rejette les contraintes ou gênes que des règles ou d'autres personnes pourraient lui apporter. « Chacun fait ce qu'il veut » justifie les attitudes individualistes, au sens égocentrique du terme, qui conduisent à cultiver son indépendance et à se désintéresser des autres. « Chacun fait ce qu'il veut » est une manière pratique de ne pas se préoccuper de l'autre et de ne pas se poser de questions d'ordre général ou collectif. C'est cette logique qui fait que personne ne dit haut et fort ce que tout le monde pense tout bas. Témoin d'un acte d'incivilité dans la rue ou de comportements déviants, bien des gens passent leur chemin en se réfugiant derrière « chacun fait ce qu'il veut ; tant que l'auteur de l'acte n'enfreint pas la loi et ne me dérange pas trop ! ». Malheureusement, cette attitude débouche inévitablement sur une autre, plus grave, qui fait qu'aucun jugement de valeur n'est plus réalisé sur aucun sujet, ou que chaque individu se construit sa propre morale personnelle.

 

J'espère que vous serez d'accord avec moi pour dire que ce mauvais relativisme est à combattre parce qu'il conduit à la perte de repères, à l'indifférence générale et à exacerber les rapports de forces. Puisque chacun cherche à repousser les limites pour gagner en liberté, les conflits de territoires se multiplient. Et puisqu'aucun critère ne permet d'arbitrer facilement, c'est la force (physique, politique, médiatique) qui aura souvent le dernier mot. Voici quelques arguments que j'emprunte à R. Boudon pour nous aider à discréditer le mauvais relativisme :

- il est faux de croire que les normes sociales ou morales reposent sur du vide, qu'elles sont simplement arbitraires. Leur diversité et le petit nombre de principes auxquels elles ramènent prouvent qu'elles ne sortent pas de nulle part.
- des principes peuvent avoir une valeur réelle sans être pour autant démontrés « scientifiquement » ; un consensus forgé au fil du temps valide des principes partagés ; par ailleurs les vérités scientifiques comportent aussi leur part de « croyance ».
- des principes qui s'appuient sur des raisons perçues comme valables par la majorité d'une population s'expliquent rationnellement et se justifient très bien.
- il existe des critères d'appréciation communs à tous les êtres humains : ce sont ceux qui relèvent de leur sens de leur dignité d'homme ou de femme, et de leurs intérêts vitaux.
- ces principes sont universels ; il faut apprendre à les distinguer de tous ceux qui ne sont que singuliers. Par exemple, la politesse s'exprime par des signes bien spécifiques à chaque culture, mais ces signes ramènent à un même principe, celui du respect de l'autre.
- on peut comprendre l'autre sans pour autant approuver une pratique. Dans certains pays, on coupait la main des voleurs que l'on prenait ; on peut comprendre les raisons de cette pratique dans un temps et en un lieu particuliers, sans pour autant l'approuver, et en jugeant qu'elle est beaucoup trop cruelle et qu'une sanction plus douce peut être tout aussi efficace.

Par B. Dufay
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Samedi 8 novembre 2008 6 08 11 2008 11:38
Intégration et individualisme (suite et fin)

Dans la première partie, j'ai proposé l'idée que l'intégration est rendue difficile par l'individualisme. Pas tellement par un "chacun pour soi" plus généralisé et intense, mais par le côté pluriel que les identités des uns et des autres ont revêtu et par la visibilité que chacun donne à ses particularités, comme autant de demandes de reconnaissance et sans intention d'en gommer les facettes qui peuvent surprendre.  Ceci étant vrai pour les immigrés et pour ceux qui doivent les accueillir. 

Certains se lamentent en pensant que la société se réduira au plus petit dénominateur commun entre tous, qu'elle deviendra une juxtaposition d'éléments sans réelles relations entre eux, qu'elle verra le règne des communautés repliées sur elles-mêmes. On pourrait voir aller vers une tolérance de l'autre et des échanges entre les individus limités au strict minimum et nécessaire, à savoir les intérêts commerciaux qui permettent l'accroissement de la richesse de tous.

Je ne suis pas de cet avis car je considère que nous sommes dans une transition sociologique. Le regard porté sur ces questions est celui d'adultes ayant de la peine à franchir le basculement des années 1980,  qui se caratérise par un individualisme de recherche d'individualité et d'identité. Les jeunes qui arrivent aux postes de responsabilités ont une vue différente et sauront mettre en place de nouvelles manières de vivre ensemble. Je suis optimiste, mais je crois qu'une mauvaise politique peut retarder cette évolution positive et complique les difficultés d'intégration.

Ce que j'appelle mauvaise politique est de se contenter de faire de la discrimination positive sans chercher à reconnaître les difficultés à accepter l'immigration et les changements apportés par l'arrivée de cultures jusque-là inconnues. Je pense que l'on braque les personnes, on les pousse à se radicaliser à force de communiquer des messages lénifiants de type : «Faites des efforts pour être plus accueillants, faites de la place aux autres qui arrivent chez vous. Le brassage culturel est quelque chose de merveilleux qui ne peut qu'être positif.» A vouloir trop bien faire et à nier les difficultés, on avance plus lentement encore dans le processus d'intégration. On en vient à culpabiliser les uns et à victimiser les autres. C'est oublier que l'individualiste accueillant a besoin aussi d'être reconnu. Il vaudrait nettement mieux équilibrer les discours : chaque fois qu'un idéaliste s'exprime pour vanter les bienfaits de la diversité, il faut faire parler un réaliste qui évoquera une difficulté. Il n'y a rien d'évident à vivre un changement quel qu'il soit et on voudrait que celui provoqué par l'immigration se réalise sur une très courte période de temps. En une génération, la population majoritaire de certains quartiers a changé de couleur ; une nouvelle religion, l'islam, a fait son apparition ; des noms difficiles à prononcer se répandent ; des comportements nouveaux apparaissent. Cette évolution rapide est dure à vivre, surtout pour les plus âgés et pour ceux qui ont des difficultés matérielles : pourquoi favoriser les immigrés et les aider à se faire une place au soleil (matérielle et identitaire) alors que des souffrances continuent à exister sous notre toit ? On doit chercher à comprendre la déstabilisation que ces changements entraînent au lieu de les nier. On doit expliquer ce qui se passe; on doit accompagner ces personnes plutôt que de les caricaturer sous les traits de rétrogrades ou même de racistes.

Malheureusement les personnels des médias et les intellectuels, tous issus de milieux assez homogènes, ont du mal à percevoir ce malaise. Ils sont tous des idéalistes ; ils considèrent ces changements comme accomplis, les idées de diversité comme évidentes, la discrimination positive comme naturelle. Leur évolution intellectuelle n'est pas celle de Monsieur Tout-le-monde. Ils feraient mieux de se pencher sur l'intégration avec un double éclairage, celui de l'immigré et celui de l'accueillant, et de demander autant d'efforts d'intégration aux migrants qui arrivent que d'efforts d'adaptation aux personnes déstabilisées par l'immigration. Mettre de l'objectivité et de l'honnêteté intellectuelle dans ce débat éviterait la radicalisation. Il faut éviter l'affrontement des uns avec les autres. Accueillis et accueillants, gens de gauche contre gens de droite, idéalistes face aux réalistes... Je le répète : tout le monde a raison. Il faut éviter les discours culpabilisant et victimisant desquels il est si difficile de sortir indemne. En comprenant les différences de points de vue, en éclairant le débat du contexte individualiste, on peut créer des passerelles et commencer à progresser vers la discussion apaisée, préliminaire indispensable à un vivre ensemble de meilleure qualité.
Par B. Dufay
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 10 2008 20:54

intégration et individualisme

Je voudrais aborder un sujet sensible, voire même dangereux, qui ne fait pas souvent l'objet d'un débat ouvert. Il s'agit de l'immigration ou plus exactement de l'intégration des immigrés dans la société. Je précise que mon but n'est pas de créer des polémiques ou de régler des comptes. Je ne veux froisser ou ni accuser personne. Je suis convaincu qu'il faut réaliser cette intégration au mieux et au plus vite dans un souci d'accueil des personnes qui souffraient dans leur pays, dans le but d'apaiser les relations sociales dans les pays d'accueil et en souhaitant que ces personnes deviennent dans les meilleurs des forces vives au service du développement économique et culturel. Je crois aussi que cette intégration se réalisera mieux si l'on tient compte du contexte individualiste dans lequel nous vivons et si l'on s'intéresse aux accueillants et à leurs inquiétudes.

On dit souvent que l'intégration des personnes venant de pays de même religion est plus facile à réaliser. On cite l'exemple des italiens, espagnols et portugais qui sont issus de cultures proches de celle des français, et qui sont arrivés en France il y a plusieurs décennies. On dit aussi qu'ils ont migré dans un contexte économique de croissance, que leur nombre était faible... Tout cela est discutable. Les immigrations asiatiques pourraient fournir d'intéressants contre-exemples à ces idées. Dans tous les cas, il est évident que la situation est bien différente aujourd'hui avec les migrants en provenance d'Afrique. Je voudrais mettre en évidence que les migrations d'avant 1980 avaient de bonnes chances de se dérouler mieux que celles d'aujourd'hui car 1980 est la date à partir de laquelle des changements sociologiques majeurs sont intervenus. C'est la date à laquelle on a basculé d'une société traditionnelle, holiste, structurée autour de cellules collectives fortes à la société individualiste moderne. Pas en un jour bien sûr, mais progressivement depuis les années 1950, les individus se sont structurés de moins en moins en fonction de repères issus de la tradition, de leur profession, de leur religion et de plus en plus par une recherche personnelle. Alors qu'on se contentait de vivre heureux matériellement sans réelle conscience d'être un individu singulier, aujourd'hui le bonheur passe à la fois par la satisfaction de plaisirs personnels et par une reconnaissance de son individualité pleine et entière. Le contexte individualiste donne à chaque individu une détermination à s'épanouir, à tous moments et en tous lieux, sans jamais renier son identité ni sa personnalité.

Dans la société holiste traditionnelle, l'immigré s'intégrait économiquement ; il cherchait à monter dans l'ascenseur social au plus vite. C'était la raison de sa migration. Il se fondait progressivement dans les habitudes et la culture de son pays d'accueil. Aujourd'hui chacun cherche son identité propre, et surtout n'accepte plus que celle-ci lui soit imposée par qui que ce soit et quoi que ce soit. Cette quête d'identité et d'individualité concerne tout le monde, immigrés récents, de la seconde génération, ou de longue date, mais plus fortement les jeunes nés depuis 1980. Elle entraîne des réactions plus fortes que la simple jalousie provoquée par le développement matériel. La critique de l'immigré a changé de nature. On disait de lui qu'il venait manger le pain des français ou qu'il pourrait leur prendre du travail. L'individualiste adepte du chacun pour soi accepte mal de faire de la place aux autres, mais sa sensibilité aux malheurs du monde compense ce penchant. Ce qui le fait réagir fortement aujourd'hui, ce sont des modes de vie nouveaux, des religions nouvelles, de parlers nouveaux ; il ne les comprend pas ; il en a peur. La peur s'exhibe et se montre par des regards et des attitudes négatives qui sont prises pour du manque de respect. Malheureusement l'un alimente l'autre et réciproquement. La visibilité a l'avantage de décharger émotionnellement les personnes qui s'expriment et l'inconvénient de déclencher des réactions en retour toujours plus fortes que le message initial. Les phénomènes d'escalade s'enclenchent avec beaucoup de facilité à l'ère de l'expression débridée.

Les nouvelles technologies permettent une communication simple, peu chère et permanente avec les quatre coins du monde. Elles donnent la possibilité aux personnes immigrées de rester en relation très étroite avec leur culture d'origine, par l'intermédiaire de parents, d'amis et de médias. Leur identité n'est plus monolithique, passant en une génération de celle du pays d'origine à celle du pays d'accueil. Elle est plurielle, faite d'éléments divers et variés issus du premier et du deuxième. Puisque l'individualisme est aussi fort chez les accueillants que chez les accueillis, chacun veut être considéré comme une personne ayant le droit de vivre à sa manière sans se laisser dicter ses comportements et modes de pensée. Dans ce contexte les conflits ne peuvent que se multiplier et il devient difficile de les gérer car tout le monde a raison ; il n'est pas possible d'arbitrer entre celui qui veut porter un symbole religieux dans la rue et celui qui s'en offusque. L'un ne voit pas pourquoi changer ses modes de vie, l'autre ne les comprend pas et considère ces attitudes comme agressives. A part quelques cas extrêmes (la nationalité française a été refusée à une femme souhaitant rester habillée en burqa), chacun est libre de s'exhiber de manière surprenante et inhabituelle. Il ne s'agit pas seulement d'un droit, il s'agit d'une demande de reconnaissance, celle d'exister comme individu avec toutes ses facettes, tous ses héritages et ses modes de vie divers et variés. Il aura tendance à se faire voir avec une ostentation d'autant plus forte qu'il se sent mal considéré ou non reconnu comme un individu singulier et accepté avec toutes ses particularités.

la suite dans une semaine

Par B. Dufay
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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 10 2008 20:39
commentaires sur la crise financière

Nous n'avons pas fini de parler de la crise actuelle, de la commenter, d'en chercher les causes et les conséquences diverses et variées. Nous souhaitons tous que des parades soient trouvées; nous espérons tous ne plus jamais revoir ce type d'événements. Mais de forts doutes existent sur la capacité de l'homme a parfaitement maîtriser ce monstre qu'il a engendré et qui s'appelle l'économie mondialisée. Je ne suis ni économiste ni financier, donc je ne donnerai pas d'avis techniques sur la question mais j'ai quelques idées « philosophiques » (au sens commun de l'expression) que j'aimerais partager.


Ne peut-on pas se dire que tout système est sujet à des hauts et des bas, à des accidents inévitables ? Je trouve tout à fait stérile de se livrer à une attaque du système économique dans son ensemble ou du libéralisme lui-même. Si l'on se projette dans un autre domaine, on peut constater qu'il y a toujours des accidents sur nos routes, sans pour autant remettre en cause les infrastructures, le code de la route et les avantages à se déplacer comme on le souhaite. Il faut continuer à améliorer les choses, mais personne ne remet en cause la validité du « système ». Certains écologistes me diront qu'ils ne sont pas d'accord avec moi, mais je mets les économies d'énergie et la diminution des rejets polluants dans les améliorations à faire. Je crois à une adaptation progressive du système plutôt qu'à une révolution destinée à le mettre à la casse.


Les attaques sont extrêmement virulentes contre le système économique, dans tous les sens sur tous les médias à longueur de journée. Trop contents de pointer du doigt le capitalisme et d'accuser les riches, beaucoup cherchent dans les événements actuels à politiser le débat qui n'a pourtant pas besoin de cela ; ils cherchent des boucs émissaires, cela permet de faire de bons mots, d'ironiser contre les gouvernants et de faire du populisme à bon compte. Cela leur permet aussi de prendre une revanche idéologique. Bref ça vaut la peine, mais ça ne sert à rien, sauf à engendrer encore plus de pessimisme ! Qu'il me soit seulement permis de rappeler que l'économie de marché, et je ne parle pas ici d'ultra libéralisme, est certainement le moins mauvais système inventé par l'homme jusqu' à ce jour. Il faut l'apprivoiser, le contrôler plutôt que de pousser de hauts cris dogmatiques qui ne riment à rien. Rappelons que le système communiste a mené au dirigisme et à de bien pires catastrophes il y a quelques décennies.


A l'occasion de cette crise, il me semble que des progrès se font sous nos yeux pour construire une Europe plus forte. Chaque fois qu'un grand péril survient les hommes se rapprochent, les consensus s'imposent et il en reste toujours quelque chose. Ainsi peut-on espérer qu'une conscience Européenne plus forte émerge des événements tant il est évident que le système est interconnecté et qu'aucun pays d'Europe ne peut lutter seul contre des phénomènes de ce type. Des hommes forts et des institutions fortes doivent s'imposer à l'échelle de l'Europe pour faire front aujourd'hui et cela peut donner aux citoyens une image et une compréhension meilleures de l'Europe et de son utilité. C'est la première étape vers l'acceptation et la mise en place d'une Europe plus soudée.


Revenons à notre métaphore routière ; elle nous rappelle qu'il faut tout autant améliorer le système qu'éduquer et sensibiliser en permanence chaque automobiliste. La chasse aux chauffards ne doit jamais s'arrêter ! Je pense que l'on peut dire la même chose pour le domaine des affaires et tout particulièrement pour la finance. Ce secteur pose un problème particulier : les produits sont virtuels et leurs effets sont retardés. Dans l'industrie traditionnelle les échanges sont plus clairs et tangibles. Quelques effets désastreux peuvent être constatés sur le long terme, il faut les éviter autant que possible mais ce sont en général des effets indirects comme des impacts sur l'environnement ou rares comme la vente d'aliments nocifs à long terme. Les échanges commerciaux correspondent à des biens ou des services beaucoup plus transparents que dans le domaine financier. Les voyoux sont donc plus difficiles à démasquer; il faut les pouchasser avec d'autant plus de vigueur.


Je me refuse à parler de "secteur financier", car précisément une dérive consiste à voir dans la finance un secteur économique à part entière alors qu'il n'est qu'un service de gestion au service des entreprises, des collectivités et des particuliers. Ce domaine doit rester à sa place. Nous devons rééquilibrer le financier vis à vis du management et du politique. Le pouvoir qu'il s'est octroyé ces dernières années est énorme. C'est dangereux et inadmissible. Cela a conduit à la création de produits financiers aux effets désastreux, cela mène à la fascination de beaucoup de jeunes qui se détournent de l'industrie et du commerce car l'argent semble couler à flot, attirés qu'ils sont par des primes colossales. Cela conduit aussi des entreprises à prendre leur décision sous des angles purement financiers en laissant de côté leur sens des affaires, leur intuition commerciale, leur créativité technique ou leurs contraintes de production.


Cela m'amène à penser aussi que nous devons réintroduire la morale dans les comportements individuels et collectifs du monde des affaires. Tout se passe comme si il était de bon ton de la laisser à la porte des entreprises sous prétexte que les affaires sont les affaires !  Voilà mon coup de gueule, je sais qu'il ne changera rien, mais ça fait du bien !

Par B. Dufay
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 09 2008 20:11

J'avais à rendre le manuscrit à l'éditeur fin septembre. Le contrat est rempli: vendredi j'ai remis une version papier et la version électronique. Il faut bien s'arrêter un jour ! On aurais envie de continuer à améliorer très longtemps si une date ne venait mettre un terme au processus.

J'ai fait plusieurs modifications pour adapter le contenu à l'angle de vue que nous avons choisi d'un commun accord avec l'éditeur. En voici le résumé:

L'individualisme provoque un mal-être chez beaucoup d'entre nous; mais pour l'apprivoiser, la psychologisation ne nous aidera pas. Au contraire, elle nous enfonce. Il faut plutôt s'observer en tant qu'individu dans la société individualiste et réfléchir à notre place, notre rôle, notre mission sur terre et au milieu des autres. Pour ce faire, je préconise deux moyens l'écoute et la création. Il faut développer ces deux aptitudes que nous possédons tous mais que nous ne cultivons pas. Elles nous aident à nous connaître, à nous singulariser, à échanger sereinement avec les autres, à nous intégrer dans la société, à comprendre le monde, ... Elles nous tirent vers le haut, et avec un peu de chance et de la persévérance, elles peuvent nous conduire sur les chemins de la transcendance.

Le titre n'est pas encore choisi, il faut finaliser l'argumentaire de vente, tirer quelques épreuves pour en parler à des libraires, lancer la production... Vous devriez pouvoir l'acquérir au cours du premier trimestre 2009 !

merci de votre fidélité. 
 
Par B. Dufay
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 09 2008 17:27

Psychologisation et individualisme (suite et fin)


Que peut-on faire face à la psychologisation galopante ? Je ne crois pas que l'on puisse se contenter de dire à chacun de se débrouiller tout seul. La demande est très forte, le mal-être et les difficultés de toutes sortes s'accumulent. L'individu n'a plus le secours des repères, des lois, des règles de sa famille et des autorités traditionnelles qui l'encadraient de manière assez serrée et lui fournissaient des réponses toutes faites. Aujourd'hui il est autonome, il a acquis de la liberté, mais en contrepartie, il est seul face à sa vie. Il se pose constamment des questions, et des questions se posent à lui toutes les minutes. Des questions pas simples, sans réponses évidentes ou comportant trop de réponses possibles. La vie est de plus en plus complexe ; tous les modes de vie sont médiatisés, relativisés et admis. Il cherche en lui-même autant qu'il attend de l'aide externe, car il ne déteste pas être guidé, avoir accès à des témoignages et prendre en exemple les personnes qu'il admire. Dans ce contexte, je pense que la psycho doit avoir sa place, toute sa place, mais rien que sa place. De toute manière l'offre est là, on n'empêchera personne d'y accéder. Ce qu'il faut combattre, ce sont les excès de la psychologisation et j'aimerais proposer deux idées dans ce but. La première est de renouveler la forme que prennent les aides proposées. Il est possible d'aider sans contraindre, d'accompagner sans faire croire aux miracles. La deuxième est de compléter le point de vue « psycho » par un point de vue « socio ».

Il existe un problème derrière la tendance à communiquer l'idée qu'à tous problèmes il existe une solution, une recette ou une méthode qui va sortir la personne concernée de l'ornière. Il y a d'abord la croyance en la « magie » ou en la science toute puissante. Cette croyance fait des ravages, même si tout le monde sait qu'elle n'est pas réaliste. Il y a ensuite la situation de dominé dans laquelle on met la personne, lui faisant croire qu'elle n'est pas capable de s'en sortir toute seule. A force d'assister les individus ils deviennent des assistés et ceci s'accompagne d'une sorte de non respect de l'individu libre. On finit par l'enfermer dans des obligations à pratiquer tel exercice pour devenir comme ceci, à apprendre telle pratique pour être meilleur, et en poussant à peine, à se changer de telle ou telle manière car on le considère comme inadapté ou mauvais. Qui peut se permettre de porter des jugements moraux de ce type ? Qui s'octroie le droit de standardiser les comportements humains ? Selon quels critères ? Dans quel but ?

Enfin il existe aussi le risque d'enfermer la personne dans ses problèmes personnels, en les transformant en obsession. Le remède devient alors pire que le mal. On connaît tous le paradoxe : avec les questions relatives au bonheur, il faut sortir de soi, il faut prendre du recul ; il faut s'oublier pour avoir une petite chance d'y répondre. Il faut puiser à des sources externes autant qu'à l'intérieur de soi, mais toujours éviter les deux extrêmes : tourner en rond en soi-même en se regardant le nombril et papillonner et se disperser au point de se perdre. Je crois qu'il est possible de venir en aide à autrui de manière respectueuse et en choisissant une voie entre ces deux extrêmes. Quelque soit sa forme, écrite ou orale, l'échange entre celui qui a eu une expérience ou qui a une connaissance en mesure d'aider et celui est en difficulté doit se faire dans un état d'esprit d'empathie, de générosité et laissant toujours la liberté de choix. Le premier propose des idées ; l'autre en dispose à sa guise. Il s'agit de découvrir le véritable sens de l'accompagnement. Accompagner signifie guider, mais ne pas imposer ; aider sans assister ; fournir les bases pour s'épanouir sans laisser croire aux illusions. Accompagner, c'est donner le choix et faire confiance.

La deuxième idée importante que j'ai mentionnée est de compléter le point de vue « psycho » par un point de vue « socio ». Je crois qu'il serait préférable de « sociologiser » un peu plus. Nous sommes des individus vivant en société ; nous sommes modelés par cette société ; nous sommes entraînés dans la course de la vie moderne. Cette vie, avec sa caractéristique majeure l'individualisme, est responsable de beaucoup de nos maux. Il faut comprendre tous les aspects de cet individualisme et discerner ses influences sur notre vie. Loin de moi l'idée de tout mettre sur le dos de cette société qui nous écrase, de l'Etat qui ne fait pas son boulot ou de je ne sais quel collectif qui nous aliène ! Mais en regardant cette notion d'individualisme de plus près on peut réaliser que notre mal-être est souvent lié à des problèmes d'identité, des tentatives infructueuses de se différencier, à des appels à exister, à des demandes de reconnaissance qui n'obtiennent pas de réponses. Ma conviction est qu'il faut penser notre place dans cette société, chercher comment se la faire et agir pour l'améliorer. Il faut comprendre quel est notre rôle social et comment nous pouvons le mettre en adéquation avec nos aspirations. Trop souvent, nous nous mettons en cause psychologiquement alors qu'il faudrait prendre des décisions d'engagement/désengagement, faire des choix de vie en société, en famille ou en entreprise qui nous correspondent mieux, se fixer des objectifs d'actions réalistes...

En équilibrant les points de vue psycho et socio, nous évitons de nous culpabiliser trop fortement ou de nous lamenter sur nous-mêmes. Chaque fois qu'une analyse psycho nous pousse à identifier nos faiblesses intimes, nous craignons de n'être pas à la hauteur d'une situation sous le regard des autres. Nous pouvons nous en vouloir de n'être pas « comme il faut » et de passer pour un « handicapé de la vie ». Les déficiences psycho peuvent êtres vécues comme des attaques personnelles. Plus fréquent et plus grave est le risque de baisser les bras. Nous pouvons nous dire que nous n'y pouvons rien, que nous sommes « comme nous sommes » et qu'il n'y a rien à y faire, étant construits avec un « bug psycho ». Mais je m'arrêterai là, car je crains moi-même de psychologiser ! Je crois que nous devons résoudre nos problèmes socio préalablement aux problèmes psycho et que les premiers sont plus faciles à résoudre que les seconds, si nous en prenons conscience, si nous le voulons vraiment et si nous nous y prenons correctement ! Alors, halte à la psycho de comptoir et place à la socio vulgarisée !

Par B. Dufay
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 09 2008 17:21

Psychologisation et individualisme

 

J'aimerais dénoncer dans cet article la psychologisation de la société. Cette tendance à penser que la psychologie peut résoudre tous les problèmes ou que l'on ne peut en résoudre aucun sans son secours est une dérive inquiétante. Elle donne à l'individualiste l'impression qu'il s'occupe bien de lui et que tout le monde s'intéresse à lui. Elle lui promet de soigner tous ses maux en lui proposant de multiples recettes et méthodes. L'individualiste égocentré et aimant papillonner pourrait se sentir comblé, au moins à court terme. En fait la psychologisation ne fait que le maintenir dans son nombrilisme et risque de le disperser entre de multiples idées et théories : à la fin il sortira insatisfait, frustré et souvent déstabilisé de ses investigations psychologisantes.

On a envie de lui dire : « cherche en toi-même ; active ton bon sens et ton expérience ; la solution à tes problèmes se trouve sous tes yeux ». Force est de constater que l'inverse se produit : dès qu'il ressent un mal-être ou une difficulté, la réponse qui lui vient à l'esprit est de s'adresser à la psychologie. Pourquoi pas ? Beaucoup le font aujourd'hui et en ont un réel besoin. La psychologie peut être un bon remède. Elle remporte un succès énorme en ce moment. On parle de soutien psychologique dès qu'un événement sortant de l'ordinaire se produit. Les livres et revues spécialisées se vendent très bien. Tous les magazines destinés au grand public ont leur rubrique « psycho ». Dès qu'un problème apparaît en famille, au travail ou entre amis, chacun y va de sa petite analyse psychologique. Tout le monde se croît plus ou moins psychanalyste depuis que les thèses de Freud ont été vulgarisées. On finit par tout « psychologiser » ! Mais j'ai bien peur que le remède ne soit pas très efficace puisque le mal-être général n'est pas en diminution ! Au contraire !

On pourrait rétorquer que les super conseilleurs - psychologues de comptoir ne sont pas des professionnels et que la psycho ne peut pas traiter tous les cas. Portant on psychologise dans tous les domaines. Par exemple à l'occasion des Jeux Olympiques, on a entendu des auto-analyses psychologisantes à chaque contre performance, faisant passer au deuxième plan les faiblesses techniques ou d'entraînement. Dans le domaine de la santé, certaines personnes se posent des questions à longueur de journée sur leur responsabilité personnelle dans leurs ennuis de santé, alors que ce n'est que la « faute à pas de chance ». Dans le secteur professionnel, on fait appel à des gestionnaires de stress, des coachs, des formateurs en développement personnel, là où il faudrait se poser des questions d'organisation du travail et de capacité à manager. Sans parler de l'éducation nationale qui détecte de plus en plus de problèmes psy chez les enfants ! Est-ce pour éviter d'aborder ses problèmes pédagogiques ou institutionnels ? Heureusement je crois détecter aujourd'hui quelques signes de saturation face à la psychologisation galopante !

Que peut-on faire ?   LA SUITE :  PROCHAIN ARTICLE

Par B. Dufay
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Jeudi 31 juillet 2008 4 31 07 2008 21:00
La résilience des individualistes (troisième et dernière partie)


Il manque un niveau à ce débat sur la résilience, c'est celui du sens de la souffrance. La tendance est aujourd'hui de dire que la souffrance n'a aucun sens, qu'elle est un échec, qu'elle est une cruelle injustice et que la société doit lutter pour l'éliminer de la vie des hommes. Cette vue est un grand danger car elle laisse croire que les difficultés pourraient disparaître un jour, qu'une vie sans efforts ni contraintes serait idéale et que le bonheur n'est possible qu'en l'absence de souffrances. On en vient à extraire de la vie des moments ou conditions aussi importants que la mort, les infirmités, les accidents et la maladie que l'on préfère parfois ne pas nommer du tout tant on souhaite qu'ils disparaissent de notre quotidien. Il est malsain de la part des médias et des intellectuels de communiquer sans cesse dans ce sens. Il est irresponsable de la part des politiques de bercer la population d'illusions pour se faire élire ou réélire. Le résultat est que les individus sont de plus en plus démunis face aux épreuves et attendent de plus en plus que d'autres apaisent leur douleur et que l'état providence vienne à leur secours.

La souffrance n'a aucun sens car elle est l'opposé de la vie sur terre dans de bonnes conditions. Seuls les croyants qui offrent leur souffrance à Dieu peuvent y trouver un sens. Parfois on cherche un sens à la souffrance là où il n'y en pas. Les épreuves de la vie tombent sur tel ou tel individu de manière aléatoire ; on se culpabilise à force de chercher là où il n'y a rien à trouver. « Un coup du sort est une blessure qui s'inscrit dans notre histoire, ce n'est pas un destin » B. Cyrulnik. Il serait évidemment plus raisonnable de considérer que les épreuves font partie de notre vie autant que les joies. Il serait plus équilibrant de chercher à les gérer tant bien que mal en soi et avec son entourage avant d'en faire une quasi maladie que les psychologues doivent traitées. Il serait plus positif de réaliser que c'est en franchissant des épreuves que l'on se fortifie. L'épreuve est une occasion d'apprendre à se connaître et à se maîtriser. Elle donne l'occasion d'une satisfaction intense, celle d'avoir trouvé les ressources pour la surmonter. L'expérience s'enrichit des épreuves; elle s'améliore au point de devenir un guide pour le reste de la vie, mais surtout elle est la source du bonheur de maîtriser un peu mieux les événements qui surviendront dans le futur. Mais il n'y a rien à faire, nous n'arrivons pas à adopter ses positions raisonnables car nous sommes des individualistes fragiles !

L'individualiste aujourd'hui est seul face à ses problèmes sans le secours des repères de la tradition. Où trouver les ressources pour gérer les difficultés ? Comment trouver un sens ? Comment éviter de se poser les mauvaises questions et de se culpabiliser ? Ayant tendance à prendre grand soin de lui-même et à s'écouter, il a une grande peur de souffrir, de n'être pas à l'abri des problèmes dont on parle tant dans les médias. Sa peur augmente avec sa compassion ; sa résilience baisse avec son émotivité. Et un cercle vicieux se met en place, car la compassion se généralise. Les spécialistes du marketing en usent et en abusent ; les médias s'en font un écho assourdissant, donnant toujours plus la parole aux victimes. Les hommes et femmes politiques doivent s'attendrir publiquement pour montrer leur proximité avec les gens et leur compréhension des problèmes de monsieur Tout-le-monde. On parle moins d'injustices et plus de souffrances sociales ; on entend des témoignages de plus en plus tristes et on trouve ennuyeux ceux qui cherchent à prendre du recul et à élever le débat. Cette tendance accroit la passivité des individus, renforce leur sensibilité/émotivité et abaisse leur résilience. L'individu à faible résilience demande de la compassion, qui lorsqu'elle est médiatisée, baisse la résilience individuelle et collective, et ainsi de suite. Jusqu'où cela peut-il aller ?

Il faut de la sagesse pour accepter les souffrances, il faut beaucoup de temps et de maturité pour gagner en sagesse. Ce n'est certainement pas en refusant de voir les difficultés et en infantilisant la population que l'on peut progresser dans ce sens à titre individuel ou collectif !

Par B. Dufay
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Samedi 26 juillet 2008 6 26 07 2008 13:51

La résilience des individualistes (deuxième partie)

Il existe deux facettes à cette notion de résilience ; la première, psychologique, est relative aux ressources internes de l'individu, à son estime de lui-même, ses compétences intellectuelles, son émotivité... La deuxième est sociale car elle repose sur les relations que l'individu entretient avec sa famille, sur l'attention qu'on lui porte, sur l'appui et la considération que la société lui réserve. Prenons l'exemple imaginaire de votre fils adolescent ; il a des difficultés scolaires alors que ses frères et sœurs n'en ont pas. Il se sent mal considéré dans sa famille. Par ailleurs il pratique un sport collectif où il réussit très bien. L'entraineur lui donne souvent la responsabilité de l'équipe. Le même garçon ayant une petite souffrance, disons un mal de ventre, se comportera évidemment de manière très différente dans une situation et dans l'autre. Dans la cellule familiale, il choisira plus ou moins consciemment d'exagérer son mal pour attirer l'attention de sa mère et se faire plaindre par sa fratrie. Au sein de son équipe, il prendra sur lui pour ne rien montrer de son mal à ses coéquipiers ; il jouera son rôle de leader et sa souffrance sera dominée. La résilience a autant à voir avec la psychologie de l'individu qu'avec sa psychosociologie. La nuance peut sembler mince, mais elle existe et elle rééquilibre en cas de faible résilience les raisons intrinsèques à la personne avec celles liées aux groupes auxquels elle appartient.

En insistant sur la deuxième facette (psychosociologique), on en vient à se poser des questions sur la place de l'individu dans la société, sur ses relations avec elles, ses ressentis et rancœurs. Les recommandations pour l'aider à guérir seront de nature différente des soutiens psychologiques traditionnels. Elles porteront sur le long terme car le chemin est long pour transformer l'être meurtri en un adulte citoyen en paix avec lui-même, avec son histoire et avec la société. Je pense qu'un moyen puissant pour parcourir ce chemin est d'aider la personne à définir et développer son projet personnel de création. La création donne une raison d'être dans la société, aide à garder la tête en dehors de l'eau au milieu des difficultés, apporte de la reconnaissance sociale autant que du recul vis à vis des blessures personnelles. J'ai pu écrire par ailleurs : « On peut avoir échoué selon plusieurs référentiels socioprofessionnels tout en gardant une bonne estime de soi et en étant reconnu socialement si on poursuit son activité de création contre vents et marées. » La création guérit de l'extérieur et de l'intérieur. Un encouragement, un petit compliment, une oreille attentive valent plus que les discours des psychologues. Le refuge dans lequel on se retrouve au cours d'un processus de création permet de penser en dehors et au delà des problèmes rencontrés, de se reconstruire, de se donner de la valeur à ses propres yeux. L'expression débridée enferme la victime dans ses difficultés, la création lui permet de canaliser ses souffrances.

Par B. Dufay
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