Dimanche 30 décembre 2007
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conclusion - première partie
L'individualisme fait partie de notre vie.
1. dès l'enfance:
L’enfant est désormais élevé par des individualistes au sein de fratries moins nombreuses que par le passé. Chaque enfant a une valeur affective très forte auprès de ses parents. Il a été désiré ; il a été programmé et concentre dès sa naissance non seulement l’amour de ses parents, mais les multiples projets qu’ils font pour lui. L’enfant est un individu qui doit et veut prendre sa place. Il n’est plus le fils ou la fille de quelqu’un, encore moins l’élément d’une filiation. Il va rechercher son autonomie en se différenciant de ses parents et de ses frères et sœurs. Il souhaite profiter de ce qui lui est offert pour se réaliser personnellement selon ses propres aspirations sans trop se soucier des contraintes de la communauté. Malgré tout il veut rester en lien avec sa famille. Il lui donne une place dans sa vie, parmi d’autres choses, sans la privilégier et sans la sacrifier.
2. à l'adolescence:
L’individualiste adolescent est sensible et émotif; tourné vers l'extérieur, il est beaucoup plus influencé par ses amis et les médias que par sa famille. Les images et les malheurs du monde le touchent et le rendent hypersensible. Il donne l’impression d'avoir du recul et de savoir dialoguer car il est beau parleur, blagueur et il sait très bien déstabiliser son interlocuteur. Mais en fait, il ne sait guère se contrôler et prendre de la distance. Il ne sait guère dialoguer: il cherche à dire « je » pour affirmer son identité et tester la solidité des positions des adultes, mais il n’a pas plus d’idées que ces prédécesseurs du 20ème siècle. Il en a même plutôt moins car ses convictions sont plus molles. Il relativise beaucoup plus, sauf bien-sûr ses propres envies et souffrances ! Il fait plus confiance aux témoignages entendus à la télévision, à des émotions subjectives, venues de lui ou de son groupe d’amis, qu’à une analyse rationnelle ou à une opinion argumentée.
3. à l'école:
Les anciens pensent souvent que les jeunes cherchent à se libérer de quelque chose, comme eux-mêmes l’ont fait en mai 1968. En fait les jeunes ne sont pas dans cette dynamique d’émancipation. Ils s’intéressent beaucoup au présent, très peu au passé et modérément au futur. Les philosophies épicuriennes et relativistes ont pris le dessus. Les éducateurs doivent montrer l'intérêt immédiat d'un enseignement, pour capter l'attention, aiguiser la curiosité: ensuite tout devient possible. A certains moments, ils doivent être des animateurs aidant à construire, à d’autres des confidents prêtant une oreille compatissante, ou encore des philosophes capables de raisonner et argumenter, des négociateurs, j’en passe et des plus durs. Et bien sûr, ils doivent vivre les valeurs dont ils parlent : L'authenticité, la concordance entre paroles et comportements sont regardées à la loupe par les jeunes; elles deviennent les élément clé de la confiance.
3. en couple:
Dans le monde individualiste, les couples inaugurent de nouvelles manières de vivre. Chacun cherche son épanouissement personnel. Chacun souhaite garder quelques activités ou amis bien à lui, tant pis si cela ne plait pas à l'autre. Certains couples vivent même séparément: on s'aime, mais chacun chez soi! On est très éxigent pour que cet amour intense dure le plus longtemps possible. S'il faiblit pourquoi continuer? Vivre en couple par intérêt, par simple tendresse est peu envisageable. Il faut partager un amour fort, des idées, des projets importants, sinon ce n'est pas la peine!
4. en entreprise:
Le travailleur individualiste cherche à profiter du système « entreprise ». Pour faire avancer sa carrière, pour en faire le moins possible, pour ne pas prendre de risque ou de responsabilité, pour gagner sa vie et pas plus, il fait passer son intérêt personnel avant celui de l’entreprise qui l’emploie. Le collaborateur individualiste discute les décisions de sa direction ; il veut comprendre et supporte de moins en moins bien les ordres. Il veut donner son avis. L’accès à l’information et l’évolution de ses connaissances économiques et de gestion lui laissent penser que ses idées ne sont pas plus mauvaises que celles des patrons. Il réclame de participer à toutes les décisions, les plus stratégiques comme les plus opérationnelles, car il sait bien que toutes peuvent perturber sa situation. Il est méfiant vis-à-vis de sa direction capable de tout. Résultat: il a tendance à s’engager plus mollement. Les jeunes collaborateurs sont prêts à s’impliquer à fond dans un projet bien défini, pour une durée donnée, sous certaines conditions. Ils n’adhèrent plus les yeux fermés aux projets d’entreprise, jugés hypocrites. Ni l’appât du gain ni les injonctions de la direction ne suffisent à obtenir leur investissement personnel total.
5. en tant que consommateur:
L'individualiste n'aime pas choisir, il veut le beurre et l'argent du beurre, et tout de suite. Il ne veut pas se singulariser comme celui qui est incapable d'acheter tel produit, il veut être à la mode, dans le coup, immédiatement. Mais les sollicitations commerciales et les tentations sont toujours plus grandes, il voudrait consommer toujours plus. Malheureusement son pouvoir d'achat ne suit pas l'augmentation de ses envies. Il comprend mal pourquoi tel nouvel objet lui serait inaccessible alors que d'autres peuvent l'acheter. D'où une frustration croissante, pénible à supporter tout au long de la vie, qui s'exprime par des relations agressives avec les autres, avec son conjoint, avec soi-même, parfois à l'origine de comportements déviants ou délinquants.
6. vis-à-vis de la religion:
L'individualistes souhaite faire son marché et prendre dans chaque religion ou philosophie ce qui l'arrange. Certains penseurs voient dans ce comportement et dans l'évolution individualiste la fin des religions; ils sont en majorité plutôt satisfaits de constater que l'homme se libère d'un carcan de plus. Je pense que l'individu prend souvent de la distance avec les contraintes rituelles, et qu'il personnalise sa relation avec sa religion, mais rien n'indique que sa foi est moins sincère qu'hier et on peut même penser qu'elle est de meilleure "qualité" que celle d'hier.
La religion chrétienne est considérée comme étant à l'origine de l'évolution individualiste. En effet elle est la première dans l'histoire de l'humanité à avoir donné à chaque personne une valeur unique, une dignité sans égale, car chacune est créature de Dieu et a la possibilité d'être sauvée individuellement. L'erreur possible aujourd'hui serait de croire que l'individualiste peut mener sa vie de chrétien tout seul. La foi chrétienne est personnelle, mais le salut est impossible à celui qui ne s'aide pas des autres. La croyance n'est pas une fuite dans un monde imaginaire, elle implique un engagement dans la vie de la société.
7. en société:
La beauté s'exprimait jusqu'à présent par l'exhibition d'une élégante tenue, de vêtements couteux, dont la qualité et l'esthétique rejaillissaient sur la personne qui les portait. Aujourd'hui il faut d'abord montrer sa confiance en soi. Il faut montrer que l'on sait ce que l'on veut, qui l'on est et que l'on est un individu singulier. On aime chez l'autre une personnalité intéressante plus que sa beauté. Les accessoires ne sont plus utilisés pour mettre en valeur mais pour montrer une individualité, censée prouver que l'on est bien dans sa peau.
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