Vendredi 11 mai 2007
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18:46
la campagne est terminée: les intellos ont été absents
INTELLOS, LIBRES et MUETS
La campagne est terminée, bonne ou mauvaise ? Vous connaissez mon avis, mais une chose est certaine : les intellectuels se sont faits discrets !
Ils poursuivent leurs travaux entre spécialistes, mais ils sont de moins en moins présents dans les débats publics. On les sent en retrait, à part quelques personalités médiatiques comme Orsenna, Ferry, Onfray, Comte Sponville et ceux qui mènent une double vie d'intellos et de journalistes (Guillebaud, Bruckner, Kahn, Glucksman). Que leur arrive-t-il donc ?
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Je crois qu'ils n'ont plus grand chose à dire: leur inspiration est épuisée. Leur activité publique était de s'opposer aux institutions et à la droite, ils dénonçaient les manques de liberté de toutes sortes. Mais maintenant, il n'y a plus grand chose à gagner ou même à défendre !
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Leur travail de déconstruction est terminé et je pense qu'ils n'ont rien à proposer. Que mettre à la place des institutions, des valeurs et de Dieu qu'ils ont détruits ? Que faire de cette liberté acquise ? Que faire de cette espace disponible ? Ils ne savent pas !
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Je crois aussi qu'ils n'ont pas vu venir la demande des individus de comprendre et de participer. Ils sont déroutés par ces gens simples qui veulent donner leur avis. Ils ne savent pas ou ne veulent pas leur parler.
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Je les sens incapables de s'adresser à Monsieur Tout-le-Monde. Leur langage incompréhensible est devenu un rempart pour leur pouvoir, ils n'ont pas envie de le fissurer et ils ne savent pas vulgariser leur pensée !
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Ils en perdent leur crédibilité et leur aura. Ils sont suspects de conduire des recherches sans intérêt ou dangereuses. En même temps qu'ils détruisaient les autorités de toutes natures, ils ont détruit la leur !
J'appelle de mes voeux la naissance d'intellos constructeurs. Ils doivent, non seulement étudier et participer à la complexité, avec la liberté d'esprit et les moyens nécessaires, en somme faire leur boulot d'intellos, mais ils doivent aussi acquérir de la flexibilité, pour aller et venir d'une discipline à l'autre, pour passer de l'abstrait au concret, des propos savants aux vulgarisés. Cette agilité à acquérir permet de relier entre eux des éléments disparats et d'apporter des idées nouvelles aux questions de société. Ils pourront ainsi participer à nouveau à la vie des citoyens. Sans défendre une cause ou une autre, ils doivent rendre compte de la complexité et aider les individus qui le demandent à mieux comprendre le monde. Ils doivent éclaircir les débats de société, les élever, aider au raisonnement rigoureux, relever et dénoncer les dérives manipulatoires et les contre-vérités. Ils doivent devenir des constructeurs indirects; car ce n'est pas d'eux seuls que la reconstructrion viendra, mais d'un mouvement venant des individus qui fera émerger les projets et idéaux que nous attendons tous. Leur rôle est de susciter les initiatives en expliquant, de formuler ce qui se pense confusément, de devenir des facilitateurs de pensée individuelle, ce que Socrate nous a montré il y a plus de 2000 ans !
Le chemin sera long, mais je ne veux pas que R. Debray, parlant d'IF suite et fin, ait raison! (IF = Intellectuels Français) En passant du "parler contre" au "parler pour", je suis ceratin que les intellectuels peuvent trouver une nouvelle place au milieu de leurs concitoyens et en même temps trouver une nouvelle motivation dans le développement de leurs travaux.
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