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Dimanche 22 mars 2009 7 22 03 2009 17:00

Individualisme et collectifs: partie 7: un individu fort

L'individu a pris le pouvoir dans les années 1980
. C'est une manière de dire qu'il s'affirme de plus en plus, qu'il a conscience de son individualité et qu'il a acquis un sentiment de puissance jamais vu dans le passé; c'est ce qui fait de lui un individualiste contemporain. Il a pris le pouvoir et personne ne lui reprendra ; mais cela ne fait pas de lui un individu fort. La puissance sans éducation ne mène nulle part. Il n'a pas terminé son cheminement. Il est au milieu du gué, il doit faire un effort pour prendre ses responsabilités pleines et entières à la hauteur et à la mesure de cette puissance. Ce décalage explique les multiples contradictions dans lesquelles l'individu se trouve lorsqu'il parle de l'Etat. Par exemple l'individualiste ne peut pas à la fois lui demander de s'occuper de tout et ne pas reconnaître sa légitimité à agir. Pour sortir de ces contradictions et responsabiliser l'individu, il faut non seulement le repositionner vis-à-vis des collectifs, mais en plus qu'il apprenne à gérer sa puissance.

 

L'individu fort est celui qui a pris conscience de sa force, qui sait l'apprivoiser et la contrôler. Chacun doit apprendre à gérer son individualisme : d'un côté calmer les réactions qu'entraîne un ego surdimensionné, arrêter de faire du triomphalisme et de la mégalomanie, d'un autre côté, avoir le courage de ses opinions, assumer les conséquences de ses actes, et ne pas faire de paranoïa en se faisant passer pour l'être le plus malheureux de la terre. Il s'agit d'éduquer les comportements, le savoir-vivre ensemble, mais aussi d'apporter les connaissances philosophiques qui aident à la compréhension du monde. Prenons l'exemple des valeurs morales. On peut les considérer comme de simples conventions qui ne sont pas justifiées. Et c'est certainement le cas pour certaines d'entre elles. La réaction première de l'individualiste qui a pris le pouvoir est de toutes les rejeter car il ne veut plus suivre aveuglement ce qui lui vient de la tradition. Ensuite en creusant un peu, il peut se rendre compte que plusieurs d'entre elles permettent à l'individu d'avoir des automatismes atténuant ses réactions agressives dans sa vie en société, d'autres incitent à aider les plus faibles ou à ne pas gaspiller les ressources limitées. En allant un peu plus loin, il découvrira que quelques-unes relèvent de la liberté, du respect et de la dignité des êtres humains. Il débouche sur les valeurs et les intérêts vitaux de la société des hommes. Celui qui ne comprend pas le sens des choses et qui est incapable de discerner la réalité en arrière plan des apparences, ne peut pas prendre du recul. Il réagit instinctivement. Celui qui ne connaît pas ses propres peurs ne fait pas de vrais choix personnels. Celui qui ne connaît pas ses faiblesses et qui n'accepte pas ses imperfections, celles des autres et celle de la société adopte des attitudes extrêmes : révolté systématique ou narcissique dominateur.

 

Tout se passe comme si l'individu devait découvrir par lui-même ce que les familles apportaient en héritage dans le passé. Il souhaite faire ses propres expériences de vie, rencontrer des témoins, collecter des informations éparses pour se convaincre du bien fondé de telle ou telle valeur collective. Ce type d'apprentissage fonctionne mieux que la lecture de livres « sérieux », les discours moralisateurs de la famille, ou les traditionnelles leçons de l'école. C'est pourquoi la vie au sein des associations, l'accès à des contenus vulgarisés sur Internet, la diffusion de fictions pédagogiques et les voyages à l'étranger sont si importants dans cette perspective. Les traditions apportaient aussi des repères et des valeurs encadrant le champ des possibles. La rareté des biens matériels et culturels faisait percevoir la valeur intrinsèque des choses. Aujourd'hui toutes les valeurs sont possibles, toute l'information est disponible, tous les biens sont disponibles. C'est formidable et terrifiant. Apprendre à gérer sa puissance revient à apprendre à vivre dans la liberté, c'est à dire dans un ensemble quasi infini de potentialités. Lucidité, sérénité et responsabilité sont plus que jamais indispensables. La liberté n'est pas de faire ce que l'on veut à tout instant, mais de penser et vouloir ce que l'on fait en pleine conscience de ses actes.

Par B. Dufay
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