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ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels

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psychologisation et individualisme (suite et fin)

Psychologisation et individualisme (suite et fin)


Que peut-on faire face à la psychologisation galopante ? Je ne crois pas que l'on puisse se contenter de dire à chacun de se débrouiller tout seul. La demande est très forte, le mal-être et les difficultés de toutes sortes s'accumulent. L'individu n'a plus le secours des repères, des lois, des règles de sa famille et des autorités traditionnelles qui l'encadraient de manière assez serrée et lui fournissaient des réponses toutes faites. Aujourd'hui il est autonome, il a acquis de la liberté, mais en contrepartie, il est seul face à sa vie. Il se pose constamment des questions, et des questions se posent à lui toutes les minutes. Des questions pas simples, sans réponses évidentes ou comportant trop de réponses possibles. La vie est de plus en plus complexe ; tous les modes de vie sont médiatisés, relativisés et admis. Il cherche en lui-même autant qu'il attend de l'aide externe, car il ne déteste pas être guidé, avoir accès à des témoignages et prendre en exemple les personnes qu'il admire. Dans ce contexte, je pense que la psycho doit avoir sa place, toute sa place, mais rien que sa place. De toute manière l'offre est là, on n'empêchera personne d'y accéder. Ce qu'il faut combattre, ce sont les excès de la psychologisation et j'aimerais proposer deux idées dans ce but. La première est de renouveler la forme que prennent les aides proposées. Il est possible d'aider sans contraindre, d'accompagner sans faire croire aux miracles. La deuxième est de compléter le point de vue « psycho » par un point de vue « socio ».

Il existe un problème derrière la tendance à communiquer l'idée qu'à tous problèmes il existe une solution, une recette ou une méthode qui va sortir la personne concernée de l'ornière. Il y a d'abord la croyance en la « magie » ou en la science toute puissante. Cette croyance fait des ravages, même si tout le monde sait qu'elle n'est pas réaliste. Il y a ensuite la situation de dominé dans laquelle on met la personne, lui faisant croire qu'elle n'est pas capable de s'en sortir toute seule. A force d'assister les individus ils deviennent des assistés et ceci s'accompagne d'une sorte de non respect de l'individu libre. On finit par l'enfermer dans des obligations à pratiquer tel exercice pour devenir comme ceci, à apprendre telle pratique pour être meilleur, et en poussant à peine, à se changer de telle ou telle manière car on le considère comme inadapté ou mauvais. Qui peut se permettre de porter des jugements moraux de ce type ? Qui s'octroie le droit de standardiser les comportements humains ? Selon quels critères ? Dans quel but ?

Enfin il existe aussi le risque d'enfermer la personne dans ses problèmes personnels, en les transformant en obsession. Le remède devient alors pire que le mal. On connaît tous le paradoxe : avec les questions relatives au bonheur, il faut sortir de soi, il faut prendre du recul ; il faut s'oublier pour avoir une petite chance d'y répondre. Il faut puiser à des sources externes autant qu'à l'intérieur de soi, mais toujours éviter les deux extrêmes : tourner en rond en soi-même en se regardant le nombril et papillonner et se disperser au point de se perdre. Je crois qu'il est possible de venir en aide à autrui de manière respectueuse et en choisissant une voie entre ces deux extrêmes. Quelque soit sa forme, écrite ou orale, l'échange entre celui qui a eu une expérience ou qui a une connaissance en mesure d'aider et celui est en difficulté doit se faire dans un état d'esprit d'empathie, de générosité et laissant toujours la liberté de choix. Le premier propose des idées ; l'autre en dispose à sa guise. Il s'agit de découvrir le véritable sens de l'accompagnement. Accompagner signifie guider, mais ne pas imposer ; aider sans assister ; fournir les bases pour s'épanouir sans laisser croire aux illusions. Accompagner, c'est donner le choix et faire confiance.

La deuxième idée importante que j'ai mentionnée est de compléter le point de vue « psycho » par un point de vue « socio ». Je crois qu'il serait préférable de « sociologiser » un peu plus. Nous sommes des individus vivant en société ; nous sommes modelés par cette société ; nous sommes entraînés dans la course de la vie moderne. Cette vie, avec sa caractéristique majeure l'individualisme, est responsable de beaucoup de nos maux. Il faut comprendre tous les aspects de cet individualisme et discerner ses influences sur notre vie. Loin de moi l'idée de tout mettre sur le dos de cette société qui nous écrase, de l'Etat qui ne fait pas son boulot ou de je ne sais quel collectif qui nous aliène ! Mais en regardant cette notion d'individualisme de plus près on peut réaliser que notre mal-être est souvent lié à des problèmes d'identité, des tentatives infructueuses de se différencier, à des appels à exister, à des demandes de reconnaissance qui n'obtiennent pas de réponses. Ma conviction est qu'il faut penser notre place dans cette société, chercher comment se la faire et agir pour l'améliorer. Il faut comprendre quel est notre rôle social et comment nous pouvons le mettre en adéquation avec nos aspirations. Trop souvent, nous nous mettons en cause psychologiquement alors qu'il faudrait prendre des décisions d'engagement/désengagement, faire des choix de vie en société, en famille ou en entreprise qui nous correspondent mieux, se fixer des objectifs d'actions réalistes...

En équilibrant les points de vue psycho et socio, nous évitons de nous culpabiliser trop fortement ou de nous lamenter sur nous-mêmes. Chaque fois qu'une analyse psycho nous pousse à identifier nos faiblesses intimes, nous craignons de n'être pas à la hauteur d'une situation sous le regard des autres. Nous pouvons nous en vouloir de n'être pas « comme il faut » et de passer pour un « handicapé de la vie ». Les déficiences psycho peuvent êtres vécues comme des attaques personnelles. Plus fréquent et plus grave est le risque de baisser les bras. Nous pouvons nous dire que nous n'y pouvons rien, que nous sommes « comme nous sommes » et qu'il n'y a rien à y faire, étant construits avec un « bug psycho ». Mais je m'arrêterai là, car je crains moi-même de psychologiser ! Je crois que nous devons résoudre nos problèmes socio préalablement aux problèmes psycho et que les premiers sont plus faciles à résoudre que les seconds, si nous en prenons conscience, si nous le voulons vraiment et si nous nous y prenons correctement ! Alors, halte à la psycho de comptoir et place à la socio vulgarisée !

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