ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels
Prenons l'exemple d'un documentaire sur le monde carcéral. Il va forcément montrer la surpopulation, les suicides, les trafics de toutes sortes, l'inhumanité des gardiens, et bien d'autres choses
toutes aussi pitoyables les unes que les autres. Ces images vont sensibiliser le public aux problèmes des prisons, lesquels existent bel et bien. Mais comment éviter que le jeune spectateur n'en
tire pas une conclusion rapide : les pouvoirs publics ne font rien pour les prisons, les fonctionnaires en charge de ces questions sont incompétents ou sans cœur, la France des droits de l'homme
est bafouée, ... Puis comment éviter qu'il n'enclenche pas un mécanisme de généralisation s'il voit un deuxième documentaire sur un autre sujet délicat : les SDF, les sans papiers, les malades du
SIDA... Arrivé à ce stade il devient un rebelle sans nuance. Si personne ne lui explique qu'il faut regarder l'autre côté de la médaille, par exemple les difficultés à éradiquer toutes les
misères du monde, les efforts faits depuis de nombreuse années, les responsabilités souvent partagées, ... Si personne ne l'incite à faire attention aux images qui peuvent déformer la réalité et
nous toucher au point de brouiller nos raisonnements... Si personne ne lui explique que l'état providence ne peut pas tout et ne pourra jamais tout car ses moyens dépend de nos impôts... il
devient un « yaqua faucon » qui se tourne systématiquement vers les pouvoirs publics pour qu'ils fassent « quelque chose ». Il s'agace en voyant que les résultats n'arrivent pas et qu'il y a
toujours des problèmes. Il finit par détester les autorités puisqu'elles ne règlent jamais les problèmes qui restent toujours aussi nombreux ! Il adopte une posture non
constructive et sans nuance au sens qu'il ne sait plus regarder un problème sous différents angles en mettant en perspective l'importance, l'urgence et la gravité de chaque sous-problème, qu'il
ne cherche pas à comprendre les problèmes en profondeur, et qu'il ne parvient pas à sortir des rêves idéalistes pour proposer des solutions réalistes. Il est pris au piège du spectacle du
vécu : le cerveau droit se développe fortement et l'emporte systématiquement sur le cerveau gauche.
Certains pensent qu'être rebelle est une bonne chose et que cela vaut mieux que d'être un mouton. Soit ! Encore faut-il savoir sortir de cette posture de temps à autres ! J'ai remarqué qu'une
fois que quelqu'un l'a adoptée, il ne sait plus la laisser au vestiaire. Tous les événements sont jugés à travers ce filtre à tout moment ; il recherche la faiblesse, la faille qui doit
nécessairement exister ; il suspecte tout systématiquement, il ne regarde que la partie vide de la bouteille à moitié pleine ; il recherche des coupables au lieu de solutions ;
il accuse toujours les autorités. Il finit par tout dévaloriser et regarder négativement tout ce qui se passe. Sans être un adepte de la pensée positive angélique, je vois un grand risque à
favoriser cette posture et à engendrer des générations de rebelles. D'abord pour la vie collective car les débats démocratiques se grippent, ensuite pour le développement des idées, car
celle de progrès finit par s'émousser et enfin pour la vie individuelle, car le pessimisme, la dérision et le désabusement entraînent un état dépressif qui rend malheureux.