conclusion troisième parie
Un tournant sociologique est amorcé, où nous conduit-il?
L’évolution individualiste donne aux individus un sentiment de grande liberté, une impression d’autonomie jamais vue par le passé. Entre les sociétés traditionnelles et la société individualiste,
un accroissement de liberté a eu lieu, mais pas aussi grand qu’on pourrait le croire. Les contingences matérielles, les contraintes sociales et sociétales ne nous autorisent pas tellement plus
aujourd’hui qu’hier à sortir des sentiers battus, à choisir notre vie et à inventer notre identité. Le changement se trouve ailleurs : il est de l’ordre de la démarche intellectuelle
plutôt que dans les résultats de cette démarche. En effet, il est demandé à chaque individu d’être réflexif, c’est-à-dire de se poser des questions à chacun de ses
actes, de réfléchir à ses relations avec les autres, à sa place dans la société, à son identité, bref de penser sa vie.
Il n’est plus possible de simplement couler des jours tranquilles tout seul dans son petit nid. L’individu ne peut plus être complètement et durablement en phase avec les règles et contraintes
dans lesquels il vit, ni adéquat à ses rôles sociaux, et à ses intérêts personnels, encore moins il ne peut être sûr de ses croyances et de ses réponses existentielles. Tout est mouvant et
instable, de plus en plus changeant. Pour être un individu aujourd’hui, il faut être capable de se mettre à jour en permanence. Nous sommes condamnés au mouvement perpétuel entre
les quatre niveaux identitaire, relationnel, cognitif et spirituel, sans faire l’impasse sur aucun d’entre eux.
Les questions, si nous ne nous les posons pas à nous-mêmes volontiers, viennent de l’atmosphère que nous respirons. Elles s’imposent à nous. Nous devons savoir nous justifier à nos yeux et sous
le regard des autres ; nous devons être capables d’analyser et expliquer, puis de synthétiser et de communiquer la conclusion de notre pensée. Nous devons passer du temps à chercher des
débuts de réponse et devons le faire savoir. Si nous ne communiquons pas nos états d’âme et nos pensées, mêmes embryonnaires, nous ne sommes plus dans le circuit. Si nous ne trouvons aucune
réponse à toutes ces questions ambiantes, nous nous croyons malades, nous sommes malades : notre vie n’a plus aucun sens.
Quelle sera la sortie de ce tournant ? Je ne le sais pas, je ne suis pas voyant, mais j’ai confiance dans la génération montante qui a toujours vécu cet individualisme en recherche
d’individualité. Elle a un regard nouveau sur sa vie, sur la vie en général et sur la société. Cette nouvelle manière de voir l’aidera à inventer de nouveaux modes de gestion des travailleurs, de
nouveaux modèles de gouvernement des citoyens, et de nouvelles méthodes éducatives et d’enseignement. C’est un grand défi que les dirigeants et intellectuels des jeunes générations sauront mieux
relever que les anciens occupant actuellement les rôles clés.