ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels
Par B. Dufay
Suite de ennui, regrets et questionnements
Nous perdons l’habitude de ne rien faire. Nous craignons de perdre notre temps. Nous redoutons l’ennui. Nous avons peur de la solitude. Car telle est la réelle panique : être seuls face à
nous-mêmes, sans communiquer avec personne. Cela signifie que notre existence n’est plus révélée par les messages que nous envoyons aux autres et par les retours que les autres nous renvoient.
Cela signifie que nous ne pouvons plus nous dire : je suis bien vivant, car je réagis aux sollicitations de l’entourage et des médias. Lorsque nous sommes seuls sans rien faire, le
sentiment d’exister repose sur nous-mêmes seulement. Des questions vont monter à la surface, de vraies questions, existentielles, difficiles à répondre, celles qui font peur… D’où nous
vient cette peur ? Sommes-nous fragiles, vides, déboussolés ou simplement sans réponse ? En vieillissant, cela ne s’arrange pas, nous avons la sensation que le temps passe de plus en
plus vite. Les occupations nombreuses se combinent à des préoccupations encore plus nombreuses, ces questions existentielles qui emplissent la tête en devenant de plus en plus
concrètes lorsque la mort approche. La vie s’accélère sans que l’on n’y puisse rien. Impossible de la ralentir alors qu’au même moment certains meurent d’ennui et de solitude.
L’ennui avec l’ennui, c’est qu’il laisse remonter aussi du fond de nos âmes les regrets et frustrations que nous avons accumulés. Ces remontées ne sont pas agréables. Au début de la vie, pendant même un bon premier tiers, on regrette des actes aux conséquences pratiques : oublier ou perdre quelque chose, dire un mot de trop, laisser passer une opportunité… Petit à petit les regrets ont comme origine des manquements : n’avoir pas trouvé les mots qui conviennent, n’avoir pas osé dire le fond de sa pensée, n’avoir pas trouvé l’attitude qui convient, avoir perdu contenance dans une situation importante, avoir manqué à l’un de ses devoirs... Ces regrets de « n’avoir pas » sont beaucoup plus pointus que les précédents au sens qu’ils font mal très profondément au fond de soi et pour longtemps. On ne se reproche plus une simple erreur, on s’en veut de n’avoir pas été à la hauteur. On peut oublier une bêtise, un défaut, mais on garde en soi les petitesses. On se déçoit soi-même, on se constate mauvais, imparfait, nul. Ces regrets font d’autant plus mal que les manquements ont fait mal à celui qui les a subis. Ils sont relatifs à soi et à l’autre. Ils sont la conséquence d’avoir froissé, vexé, humilié, de n’avoir pas aidé, encouragé, de n’avoir pas compati à une souffrance. Il faut un quart de seconde pour décider de passer son chemin devant la misère d’un être cher ou d’un inconnu et on le regrette tout le reste de sa vie.
Il y a aussi les regrets qui tournent au fond de nous, moins pointus, moins blessants que les précédents, mais qui donnent le tournis pendant très longtemps. Ils
trouvent leur origine dans nos problèmes d’identité. Ils se formulent par des questions qui commencent toutes par : qui serais-je ? En prenant tel chemin plutôt qu’un autre, ai-je eu
raison ou tort ? Qui serais-je devenu ? Une part de moi ne se serait pas exprimée, et une autre aurait pris le dessus. Chaque choix abandonne un « moi » et on peut toujours
penser que celui-ci aurait mieux valu que celui avec lequel nous vivons. Terrible vie qui nous oblige à faire des choix en permanence, sans retour arrière possible, et qui nous expose aux
regrets. Et si tel événement ne m’était pas survenu, qui serais-je aujourd’hui ? Terrible penchant que nous avons à chercher des coupables et à nous reprocher ce pourquoi nous ne
sommes pour rien !
(troisième partie très bientôt)
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