ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels
intégration et individualisme
Je voudrais aborder un sujet sensible, voire même dangereux, qui ne fait pas souvent l'objet d'un débat ouvert. Il s'agit de l'immigration ou plus exactement de l'intégration des immigrés dans la
société. Je précise que mon but n'est pas de créer des polémiques ou de régler des comptes. Je ne veux froisser ou ni accuser personne. Je suis convaincu qu'il faut réaliser cette
intégration au mieux et au plus vite dans un souci d'accueil des personnes qui souffraient dans leur pays, dans le but d'apaiser les relations sociales dans les pays d'accueil et en souhaitant
que ces personnes deviennent dans les meilleurs des forces vives au service du développement économique et culturel. Je crois aussi que cette intégration se réalisera mieux si l'on tient
compte du contexte individualiste dans lequel nous vivons et si l'on s'intéresse aux accueillants et à leurs inquiétudes.
On dit souvent que l'intégration des personnes venant de pays de même religion est plus facile à réaliser. On cite l'exemple des italiens, espagnols et portugais qui sont issus de cultures proches de celle des français, et qui sont arrivés en France il y a plusieurs décennies. On dit aussi qu'ils ont migré dans un contexte économique de croissance, que leur nombre était faible... Tout cela est discutable. Les immigrations asiatiques pourraient fournir d'intéressants contre-exemples à ces idées. Dans tous les cas, il est évident que la situation est bien différente aujourd'hui avec les migrants en provenance d'Afrique. Je voudrais mettre en évidence que les migrations d'avant 1980 avaient de bonnes chances de se dérouler mieux que celles d'aujourd'hui car 1980 est la date à partir de laquelle des changements sociologiques majeurs sont intervenus. C'est la date à laquelle on a basculé d'une société traditionnelle, holiste, structurée autour de cellules collectives fortes à la société individualiste moderne. Pas en un jour bien sûr, mais progressivement depuis les années 1950, les individus se sont structurés de moins en moins en fonction de repères issus de la tradition, de leur profession, de leur religion et de plus en plus par une recherche personnelle. Alors qu'on se contentait de vivre heureux matériellement sans réelle conscience d'être un individu singulier, aujourd'hui le bonheur passe à la fois par la satisfaction de plaisirs personnels et par une reconnaissance de son individualité pleine et entière. Le contexte individualiste donne à chaque individu une détermination à s'épanouir, à tous moments et en tous lieux, sans jamais renier son identité ni sa personnalité.
Dans la société holiste traditionnelle, l'immigré s'intégrait économiquement ; il cherchait à monter dans l'ascenseur social au plus vite. C'était la raison de sa migration. Il se fondait progressivement dans les habitudes et la culture de son pays d'accueil. Aujourd'hui chacun cherche son identité propre, et surtout n'accepte plus que celle-ci lui soit imposée par qui que ce soit et quoi que ce soit. Cette quête d'identité et d'individualité concerne tout le monde, immigrés récents, de la seconde génération, ou de longue date, mais plus fortement les jeunes nés depuis 1980. Elle entraîne des réactions plus fortes que la simple jalousie provoquée par le développement matériel. La critique de l'immigré a changé de nature. On disait de lui qu'il venait manger le pain des français ou qu'il pourrait leur prendre du travail. L'individualiste adepte du chacun pour soi accepte mal de faire de la place aux autres, mais sa sensibilité aux malheurs du monde compense ce penchant. Ce qui le fait réagir fortement aujourd'hui, ce sont des modes de vie nouveaux, des religions nouvelles, de parlers nouveaux ; il ne les comprend pas ; il en a peur. La peur s'exhibe et se montre par des regards et des attitudes négatives qui sont prises pour du manque de respect. Malheureusement l'un alimente l'autre et réciproquement. La visibilité a l'avantage de décharger émotionnellement les personnes qui s'expriment et l'inconvénient de déclencher des réactions en retour toujours plus fortes que le message initial. Les phénomènes d'escalade s'enclenchent avec beaucoup de facilité à l'ère de l'expression débridée.
Les nouvelles technologies permettent une communication simple, peu chère et permanente avec les quatre coins du monde. Elles donnent la possibilité aux personnes immigrées de rester en relation
très étroite avec leur culture d'origine, par l'intermédiaire de parents, d'amis et de médias. Leur identité n'est plus monolithique, passant en une génération de celle du pays
d'origine à celle du pays d'accueil. Elle est plurielle, faite d'éléments divers et variés issus du premier et du deuxième. Puisque l'individualisme est aussi fort chez les accueillants
que chez les accueillis, chacun veut être considéré comme une personne ayant le droit de vivre à sa manière sans se laisser dicter ses comportements et modes de pensée. Dans ce contexte
les conflits ne peuvent que se multiplier et il devient difficile de les gérer car tout le monde a raison ; il n'est pas possible d'arbitrer entre celui qui veut porter un symbole religieux dans
la rue et celui qui s'en offusque. L'un ne voit pas pourquoi changer ses modes de vie, l'autre ne les comprend pas et considère ces attitudes comme agressives. A part quelques cas extrêmes (la
nationalité française a été refusée à une femme souhaitant rester habillée en burqa), chacun est libre de s'exhiber de manière surprenante et inhabituelle. Il ne s'agit pas seulement d'un droit,
il s'agit d'une demande de reconnaissance, celle d'exister comme individu avec toutes ses facettes, tous ses héritages et ses modes de vie divers et variés. Il aura tendance à se faire voir avec
une ostentation d'autant plus forte qu'il se sent mal considéré ou non reconnu comme un individu singulier et accepté avec toutes ses particularités.
la suite dans une semaine