ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels
Individualisme et collectifs: partie 5: le rôle de l'état relatif à l'éducation et à l'arbitrage
Cette discussion sur la concertation et la démocratie participative nous conduit au deuxième rôle essentiel de l'Etat, celui de l'éducation. Je pense que la société
individualiste ne peut pas fonctionner sans une éducation de qualité pour les jeunes comme pour les adultes. Nous venons de le voir, le citoyen a besoin d'apprendre à débattre et d'acquérir
des connaissances pour participer, mais il a aussi besoin de repères pour ne pas se sentir perdu.
Tout est mis en question, la complexité augmente, tout évolue de plus en plus vite, la mondialisation éloigne les centres de décision, tout est mis au grand jour, et il se retrouve
seul devant ses décisions ! L'individualiste n'attend pas qu'on lui serve des idées toutes faites, bien sûr, il souhaite avoir les moyens (conseil, temps et support personnalisés) de se
mettre à jour en permanence tout au long de sa vie. Il doit/veut prendre en main son propre destin intellectuel. Il y va de son équilibre et de son bonheur ici bas. Pour les adultes, j'ai eu
l'occasion de faire quelques propositions dans « Apprendre à expliquer » qui peuvent se résumer par l'idée de « self-éducation » ou « autoformation permanente ».
Pour ce qui est des plus jeunes, je pense que l'éducation nationale doit évoluer vers une organisation fortement décentralisée qui donne localement les moyens et la motivation d'action
nécessaires à une tâche si difficile.
Il est évident pour la majorité des français que tous les efforts doivent se porter sur une réforme profonde de l'éducation. Réforme des matières à enseigner et des méthodes pédagogiques afin de
tenir compte des tendances individualistes et des technologies informatiques à la portée de tous ; ajustement des formations (proportion pratique/théorique, nombre d'étudiants par session,
contenu) aux besoins du monde économique ; initiation à la vie commune, à la création autant qu'à l'argumentation critique et à la self-éducation. Tout le monde est d'accord, mais les
reformes n'aboutissent pas, perdant un temps précieux pendant lequel des milliers de jeunes sortent de l'école sans les moyens de s'adapter à la société dans laquelle ils auront à vivre. Je
propose que le sujet soit décrété cause nationale du 21ème siècle et donc apolitique afin que toutes les bonnes idées se réunissent et qu'un groupe se situant au
dessus de la mêlée politique conduise les réformes dans la durée. (On a bien le droit de rêver un peu!)
L'éducation doit être soucieuse de la socialisation - individuation des individus. Moins les parents sont disponibles ou capables d'assurer l'éducation de leurs enfants, plus l'école doit prendre le relais. Je ne propose pas de rétablir les cours de morale ou de revenir à l'école de la première moitié du 20ème siècle, mais d'ouvrir ses portes aux bénévoles (des sortes de super nanis) afin qu'ils complémentent l'action des enseignants par un encadrement des études du soir, des permanences, des cours de soutien, par l'organisation d'activités créatives, la pratique d'instruments de musique... Les enseignants se concentreraient plus sur leur travail d'enseignement des fondamentaux avec les méthodes qu'ils jugent les meilleures pour la population qu'ils ont devant eux.
Un autre rôle important de l'Etat consiste à devenir le garant du respect des contrats à travers la justice, à travers des régulations économiques, mais aussi à travers des arbitrages entre acteurs. Tout commence par une justice équitable qui se rend de manière sereine et éloignée des caméras. Ensuite pour éviter son engorgement, il est nécessaire d'augmenter le nombre de médiateurs - arbitres, capables d'inciter les acteurs à dialoguer et à trouver des solutions entre eux. Cette culture de la négociation s'appuie sur celle du dialogue ; elle doit être diffusée afin que les individualistes puissent gérer les contrats qu'ils passent entre eux et avec la collectivité. On ne peut pas imaginer que la tendance actuelle de recourir à des lois et aux tribunaux pour tout et n'importe quoi perdure bien longtemps. L'individualiste qui veut construire sa vie comprendra de mieux en mieux que de multiples contrats le relient aux autres, à son entreprise, aux collectivités et à la société en général. Ces contrats sont de nature morale, juridique, commerciale,... Il en acceptera d'autant mieux les conséquences qu'ils sont passés dans la transparence, valeur clé de la société individualiste et qu'ils sont arbitrés dans la sérénité, ce qui éviterait une multitude de malentendus.