ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels
Il me semble que la crise que nous traversons montre bien que nous avons besoin d’un Etat fort mais centré sur des activités bien ciblées, plutôt que de faire croire à son efficacité en tous domaines. L’Etat doit consacrer son énergie à ses attributions centrales qui doivent continuer à être gérées de manière traditionnelle (justice, recherche, finance, défense, diplomatie, infrastructures…) et qui ne peuvent pas faire l’objet de débats publics. Elles concernent les grandes régulations économiques et financières, les investissements sur le long terme et certaines formes de protections sociales. La démocratie s’exerce à leur sujet à l’occasion des élections.
Le gros changement que j’appelle de mes vœux consiste à transformer complètement le fonctionnement de l’Etat relatif à la communication, aux arbitrages, à l’éducation et à l’assistance.
La communication est ressentie comme de la sujétion. L’information est véhiculée par des acteurs non légitimes ou partiaux. Une méfiance générale s’est développée vis-à-vis de tous les transmetteurs de messages. Les médias ont joué un grand rôle dans cette situation. Au lieu de favoriser les consensus et de faire comprendre, ils caricaturent, ils radicalisent, ils créent les affrontements, ils jettent le doute et divisent. Les journalistes ne doivent plus se permettre de jouer les amuseurs publics et de se mettre en scène au point de passer devant le sujet ; ils doivent cesser de comprendre à la place des citoyens et de se substituer aux connaisseurs. Leur rôle est de porter les questions à la connaissance de tous de la manière la plus objective possible, d’apporter des éclairages variés et d’inciter au débat.
Les dirigeants politiques de leur côté devraient arrêter de faire des déclarations politiques sans avoir préparé le terrain, ils devraient cesser de lancer des petites phrases ou d’insinuer. Ils seraient mieux avisés de lancer explicitement les débats sur un sujet délicat. Ils pourraient demander à des acteurs crédibles de les formuler et de les expliquer. Puis, ils pourraient inviter les citoyens à des conférences, à des réunions de recherche de solutions, à des échanges, à des séances de réflexion en commun. Plusieurs de ces dispositifs existent : débat public sur les questions environnementales, conseil de quartier, SRU, jury citoyen. Il faut en inventer de nouveaux, qui attireront les citoyens éloignés de la vie démocratique et, pour les animer, il faut susciter (ou exiger ?) l’engagement des universitaires, des vulgarisateurs, des animateurs de quartier, des enseignants, retraités ou en activité, rémunérés ou bénévoles. Après avoir reçu ces explications, les individus pourraient en meilleure connaissance de cause prendre leurs responsabilités, c’est-à-dire se forger leur opinion argumentée, soutenir une réforme ou lutter contre. Sur un terrain ainsi préparé, les politiques pourraient faire leurs déclarations politiques, lancer leurs propositions et prendre les décisions dans un climat beaucoup plus serein. Une telle politique rapprocherait au lieu de séparer, ferait émerger des consensus, et faciliterait ensuite l’exécution des décisions. L’Etat doit donc inciter chacun à approfondir les questions, à assimiler de nouvelles connaissances puis à dialoguer.
Ce type de processus de concertation, et la démocratie participative en général, présente plusieurs inconvénients. D’abord celui de la durée. Les débats ne doivent pas s’éterniser ; mais il faut laisser du temps aux individualistes qui veulent participer, sinon la frustration monte et rien ne bouge, mais il faut savoir trancher et décider au bon moment. Un autre problème est de faire accepter aux journalistes et aux politiciens de se mettre en retrait dans un premier temps, ce qui, avec les ego qui les caractérisent, n’est pas une mince affaire. Enfin pour être valables, ces processus ont besoin de sérénité et d’une connaissance partagée des sujets qui dépasse la lecture des quotidiens. Nous sommes dans la pire des situations ; la demande de participation est forte, mais les citoyens n’ont pas acquis la culture du dialogue et les connaissances des sujets débattus. Ils croient connaître sans avoir approfondi ; ils montent sur leurs grands chevaux avant même d’avoir écouté les arguments et les points de vue. Ce type de débat exige de la rigueur intellectuelle, pas seulement des opinions ou des ressentis. La transmission des connaissances au sein de la démocratie est donc un défi majeur pour son fonctionnement.