ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels
Par B. Dufay
La résilience des individualistes (deuxième partie)
Il existe deux facettes à cette notion de résilience ; la première, psychologique, est relative aux ressources internes de l'individu, à son estime de lui-même, ses compétences intellectuelles,
son émotivité... La deuxième est sociale car elle repose sur les relations que l'individu entretient avec sa famille, sur l'attention qu'on lui porte, sur l'appui et la considération que la
société lui réserve. Prenons l'exemple imaginaire de votre fils adolescent ; il a des difficultés scolaires alors que ses frères et sœurs n'en ont pas. Il se sent mal considéré dans sa famille.
Par ailleurs il pratique un sport collectif où il réussit très bien. L'entraineur lui donne souvent la responsabilité de l'équipe. Le même garçon ayant une petite souffrance, disons un mal de
ventre, se comportera évidemment de manière très différente dans une situation et dans l'autre. Dans la cellule familiale, il choisira plus ou moins consciemment d'exagérer son mal pour attirer
l'attention de sa mère et se faire plaindre par sa fratrie. Au sein de son équipe, il prendra sur lui pour ne rien montrer de son mal à ses coéquipiers ; il jouera son rôle de leader et sa
souffrance sera dominée. La résilience a autant à voir avec la psychologie de l'individu qu'avec sa psychosociologie. La nuance peut sembler mince, mais elle existe et elle
rééquilibre en cas de faible résilience les raisons intrinsèques à la personne avec celles liées aux groupes auxquels elle appartient.
En insistant sur la deuxième facette (psychosociologique), on en vient à se poser des questions sur la place de l'individu dans la société, sur ses relations avec elles, ses ressentis et rancœurs. Les recommandations pour l'aider à guérir seront de nature différente des soutiens psychologiques traditionnels. Elles porteront sur le long terme car le chemin est long pour transformer l'être meurtri en un adulte citoyen en paix avec lui-même, avec son histoire et avec la société. Je pense qu'un moyen puissant pour parcourir ce chemin est d'aider la personne à définir et développer son projet personnel de création. La création donne une raison d'être dans la société, aide à garder la tête en dehors de l'eau au milieu des difficultés, apporte de la reconnaissance sociale autant que du recul vis à vis des blessures personnelles. J'ai pu écrire par ailleurs : « On peut avoir échoué selon plusieurs référentiels socioprofessionnels tout en gardant une bonne estime de soi et en étant reconnu socialement si on poursuit son activité de création contre vents et marées. » La création guérit de l'extérieur et de l'intérieur. Un encouragement, un petit compliment, une oreille attentive valent plus que les discours des psychologues. Le refuge dans lequel on se retrouve au cours d'un processus de création permet de penser en dehors et au delà des problèmes rencontrés, de se reconstruire, de se donner de la valeur à ses propres yeux. L'expression débridée enferme la victime dans ses difficultés, la création lui permet de canaliser ses souffrances.
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