Overblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels

Publicité

apprendre à expliquer : un défi pour la démocratie

Apprendre à expliquer : un défi pour la démocratie

 

 paru dans La Tribune le 21 juin 2005 

 

Beaucoup de commentateurs font d'excellentes analyses du référendum; ils interprètent le résultat sous les angles politiques et sociologiques. Pour ma part je voudrais revenir sur le problème de la pédagogie en affirmant haut et fort : Cette consultation est un échec pour l'explication. Il me semble que nous sommes nombreux à avoir voté avec un sentiment de malaise : celui d’avoir mis un bulletin dans l’urne sans avoir réussi à correctement et sereinement comprendre le texte proposé. D'abord il est long et difficile à lire; personne n'a réussi à le présenter de manière synthétique et accessible à tous. Ensuite les explications sont arrivées beaucoup trop tardivement, se mélangeant aux arguments des uns et des autres et ne pouvant combler des années d’absence de débat en quelques semaines. Enfin les hommes politiques ont tous exagéré leur position au point de se contredire au sein d’un même parti et de se décrédibiliser. Sans oublier les médias qui se sont écartés de leur rôle en optant franchement pour le "oui" et ont finalement inspiré la méfiance. Résultat : une grande confusion, de multiples peurs ravivées et l’envie de répondre à côté de la question posée.

 

Je ne pense pas que nous ayons vécu avec ce référendum une situation particulière : nous allons vivre de plus en plus souvent des circonstances qui posent de graves problèmes d’explication. Le monde et la société se complexifient, et en même temps, les citoyens veulent comprendre par eux-mêmes. Ils n’accordent plus leur confiance a priori et ils se méfient de la complexité qui peut cacher des manipulations ou des abus de pouvoir. 

 

La question est importante puisqu’elle touche à la « qualité » de la démocratie dans laquelle nous vivons : Comment peut-elle fonctionner si personne ne sait répondre à ce besoin d’explication de sujets complexes ? Les gens d’en bas ne vont-ils pas continuer à rejeter les élites, les institutions, les élections ? Et ceux qui savent ne seront-ils pas tentés de passer en force ? Ou bien choisiront-ils d’avancer masqués et de devenir des manipulateurs de plus en plus habiles ?

 

Transmettre une connaissance est un art très difficile qu’il est pourtant possible d’apprendre. C’est en tout cas ce que je pense après avoir étudié les méthodes de célèbres vulgarisateurs : Expliquer n’est pas enseigner, car celui qui sait n’est pas un professeur et il ne s’adresse pas à des enfants réunis dans une salle de classe, mais à des adultes capables de comprendre et sollicités par de multiples activités. Expliquer n’est pas non plus convaincre à toutes forces ; les arguments seront à exhiber plus tard, après avoir réussi à vulgariser. Enfin expliquer n’est pas traduire en termes simples, paraphraser pendant des heures, ni démontrer par A + B. Expliquer repose sur un cocktail dont je ne donne ci-dessous qu’un aperçu :

-         Dégager l’essentiel de l’accessoire

-         Adopter un style clair, des mots simples, des illustrations pertinentes

-         Attirer l’attention, attiser la curiosité

-         Faire appel à l’intuition autant qu’à la raison

-         Susciter le questionnement

-         Définir des étapes à objectif modeste

-         Partir des acquis et des expériences du public

-         Choisir et provoquer les meilleures conditions d’écoute

 

Chacune de ces idées semble évidente. Encore faut-il les utiliser avec l’état d’esprit qui convient, c’est-à-dire avec honnêteté et empathie afin que l’ignorant ne se sente pas en relation de domination ou de sujétion. C’est le plus important et le plus difficile pour les élites qui devront descendre de leur piédestal et se rendre disponibles en temps et en esprit. Ceux qui ne s’en sentent pas capables doivent travailler avec des vulgarisateurs qui prendront beaucoup mieux qu’eux de la distance vis-à-vis du sujet à traiter, qui comprendront les préjugés, idées reçues et contrevérités qui peuvent encombrer les esprits et qui accepteront la contradiction et les questions de Monsieur Tout le Monde. Les explications neutres doivent être présentées en premier lieu, les argumentaires viendront plus tard ! Enfin rappelons que vulgariser nécessite de la créativité et beaucoup de travail : les astuces qui aident certains à comprendre ne conviennent pas à d’autres; les meilleures ficelles s’usent et doivent être renouvelées sans cesse.

 

Portons à cet art de l’explication l’attention et les efforts nécessaires ! Tout le monde y trouvera son compte : les politiques, les médias, les savants, les intellectuels, les managers verront là une belle occasion de redorer leur blason. Les citoyens pourront satisfaire leur besoin de comprendre et commencer à se réconcilier avec les élites et avec les institutions. La société aura quelque chance de se consolider puisqu’un meilleur dialogue de haut en bas est à la fois indispensable pour une démocratie de qualité et facteur de cohésion sociale.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article