poursuivons notre sixième livre
son sujet est la vie bonne
L’évolution individualiste donne aux individus un sentiment de grande liberté, une impression d’autonomie jamais vue par le passé. Entre les sociétés traditionnelles et la société individualiste, un accroissement de liberté a eu lieu, mais pas aussi grand qu’on pourrait le croire. Les contingences matérielles, les contraintes sociales et sociétales ne nous autorisent pas tellement plus aujourd’hui qu’hier à sortir des sentiers battus, à choisir notre vie et à inventer notre identité. Le changement se trouve ailleurs : il est de l’ordre de la démarche intellectuelle plutôt que dans les résultats de cette démarche. En effet, il est demandé à chaque individu d’être réflexif, c’est-à-dire de se poser des questions à chacun de ses actes, de réfléchir à ses relations avec les autres, à sa place dans la société, à son identité, bref de penser sa vie.
Il n’est plus possible de simplement couler des jours tranquilles tout seul dans son petit nid. L’individu ne peut plus être complètement et durablement en phase avec les règles et contraintes dans lesquels il vit, ni adéquat à ses rôles sociaux, et à ses intérêts personnels, encore moins peut-il être sûr de ses croyances et de ses réponses existentielles pour toute sa vie. Tout est mouvant et instable, de plus en plus rapidement changeant.
Pour être un individu aujourd’hui, il faut être capable de se mettre à jour en permanence. Nous sommes condamnés au mouvement perpétuel entre les quatre niveaux identitaire, relationnel, cognitif et spirituel, sans faire l’impasse sur aucun d’entre eux, sans jamais faire du sur place et sans papillonner dans le doute et le relativisme. Nous avons besoin de nous épanouir dans toutes les composantes de notre personnalité et de nous forger des convictions incertaines.