ce blog fait part de réflexions liées à mes lectures et d'observations sociologiques; il me permet de travailler le thème de l'individualisme contemporain face au développement des technologies (IA), aux enjeux écologiques et à ses questionnements existentiels/spirituels
Passons à notre quatrième livre
son sujet est la création
L’action de créer peut prendre des formes très diverses.
Nous pourrions certainement trouver encore bien des formes de création. Le trait d’union entre toutes ces formes est la production de quelque chose qui sort du banal : le créateur fait exister une chose nouvelle qu’il pourra contempler lui-même ou avec d’autres.
La création qui va nous intéresser ne recouvre complètement aucune de ces formes. Elle est une création que nous pouvons pratiquer tous mais qui nous extrait de notre quotidien. Pour rester accessible à tout le monde, elle ne propose pas de nous transformer en artistes, en penseurs ou en créateurs professionnels, mais, d’un autre côté, elle ne se réduit pas non plus à la production que nous avons l’habitude de faire au travail ou à la maison. Elle est donc située entre les deux extrêmes : la production simple et la création - invention complexe. Elle peut se nourrir d’activités de la première catégorie en reconnaissant la part d’originalité ou de beauté de certaines activités de notre vie de tous les jours : la cuisinière peut préparer des plats qu’elle connaît bien en les présentant d’une manière artistique. L’artisan peut combiner des techniques qu’il maîtrise parfaitement pour obtenir un effet nouveau. Cette forme de création que je propose à chacun d’adopter est modeste, mais elle peut évoluer vers la deuxième catégorie, la création – invention complexe ; car il n’est pas interdit d’espérer progresser jusqu’à s’approcher de la création au sens le plus « élevé » du terme.
Ce qui me semble primordial est de réaliser que nous sommes tous à même de nous adonner à cette forme de création intermédiaire et qu’il est salutaire de le faire.
Autorisons-nous à rêver, à imaginer à produire du nouveau, du beau, quelque chose qui vient de nous, même si nous pouvons nous tromper, même si nous ne parviendrons qu’à un niveau modeste. Le pire est de nous résigner à garder en nous ce qui ne demande qu’à s’exprimer !
Cette activité de création intermédiaire est salutaire, car elle force l’individu à s’extérioriser, à produire une « chose », que nous appellerons œuvre, même si les puristes verront là un abus de langage. Lorsque cette œuvre existe, elle reflète une partie de l’âme du créateur. Nous pouvons la toucher, la juger, l’améliorer ou la détruire. A travers chacune de ces actions, nous apprenons à nous connaître.
Cette œuvre, aussi modeste soit-elle, a exigé de nous des efforts ; il a fallu acquérir de nouvelles connaissances pour la réaliser, il a fallu nous intéresser au monde et à tous ceux qui travaillent dans le même domaine. Elle nous force également à développer un sens critique aiguisé afin de juger ce que nous faisons nous-mêmes et ce que font les autres, afin de mettre de notre « moi » profond et de nos émotions plutôt que des stéréotypes et idées toutes faites qui nous viennent de notre entourage et des médias en particulier.
Le processus de création, le parcours que nous vivons entre la décision de démarrer une création et l’existence de l’œuvre, est tout aussi important que l’œuvre elle-même car il nous transforme en profondeur. Il nous oblige à nous tourner vers les autres pour trouver de nouvelles idées et des sources d’inspiration. Il développe ou renouvelle en nous la curiosité, l’envie de comprendre et l’ouverture d’esprit. Les discussions prennent un tour nouveau ; des débats s’imposent à nous tôt ou tard pour défendre notre point de vue, nos opinion que nous aurons affinées sur bien des sujets, et pourquoi pas, sur notre œuvre aussi. Car un jour ou l’autre, nous aurons envie d’exposer notre production aux regards des autres. Le pas est difficile à franchir tant nous avons peur du ridicule, mais savoir ce que pensent les autres est fort que tout. L’écoute s’installe en nous comme un besoin puis comme un comportement évident et naturel : celui qui nous était indifférent devient une personne qui s’émeut, qui pense, qui échange avec nous. Et finalement, notre regard sur nous-mêmes et sur les autres autant que nos comportements se modifient durablement dans un sens qui combine liberté, assurance et empathie.
Les liaisons entre créer - écouter et les autres thèmes abordés dans les articles précédents sont-ils assez évidents ? je publierai un schéma récapitulatif très bientôt.